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BIPEDIA N° 28-2
Sommes-nous en 2010 après la fondation de Rome ?
PAR SANDRINE VIOLLET, DOCTEUR EN HISTOIRE

lundi 10 mai 2010


« Où est donc passé le Moyen Âge ? » se demande le zoologiste François de Sarre. Selon sa théorie, le Moyen Âge devrait être raccourci d’au moins 800 ans car la peste dite de Justinien, de 530-590, et la Peste de Noire, celle de 1348, seraient en fait le même événement ! Cette idée surprenante fait tout d’abord sourire. Mais après avoir lu son livre, nous nous apercevons qu’il existe beaucoup d’incohérences dans la chronologie de l’ère chrétienne, et nous ne pouvons nous empêcher de nous poser cette question : et si François de Sarre avait raison ?

Mais comment serait-il possible d’avoir 800 ans en trop dans l’histoire récente... ? Et si ces 800 ans correspondaient en fait aux 753 ans séparant l’ère romaine de l’ère chrétienne... ? Et si tout simplement, il fallait superposer le calendrier chrétien au calendrier romain ? Nous ne serions donc pas en 2010 après Jésus Christ, mais en 2010 après la fondation de Rome ! Une idée trop simple ? Et pourtant, après quelques vérifications chronologiques, cette version de l’Histoire pourrait bien être vraie...

 

 Comment une telle erreur de chronologie serait-elle possible ? François de Sarre nous dit que tout cela ne serait pas arrivé si un cataclysme de grande ampleur n’avait pas touché le monde entier à une date récente. Or, le dernier cataclysme recensé dans les 2 000 dernières années est celui connu en anglais sous le nom d’ « Age of Darkness », l’Age des Ténèbres...

 

Une météorite met fin à l’Empire Romain

 Selon la version classique de l’Histoire, l’Empire Romain prend fin le 4 septembre 476, lorsque le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustulus est déposé par Odoacre. Cependant, c’est 535 qui devrait être reclassé comme date de la fin de l’Empire Romain d’Occident. En effet, selon le scientifique David Keys, qui appuie sa théorie d’après un vieil ouvrage javanais, le Pararaton, le 18 février 535, le Krakatoa serait entré en éruption. Force de l’explosion : 2 000 millions de bombes Hiroshima !!! A notre avis, le volcan Krakatoa n’a pas pu engendrer un cataclysme pareil. Il s’agirait plutôt d’une météorite tombée dans la zone pacifique sud, peut-être près de l’Australie.

 Quelles ont été les conséquences d’un tel impact dans l’Empire Romain ? Il nous reste quelques témoignages d’auteurs antiques, et ils sont assez éloquents. Ainsi Agathias : « L’été suivant, il y eut un furieux tremblement de terre à Constantinople et en plusieurs autres endroits de l’Empire qui ruina un grand nombre de villes, tant dans les îles qu’en terre ferme et qui fit périr presque tous les habitants (...) Dans le même temps on sentit aussi quelques légers tremblements dans la grande ville d’Alexandrie assise sur le bord du Nil (...) Dans le même temps l’île de Cos fut agitée de semblables mouvements et en ressentit d’horribles effets. Il n’y en eut qu’une petite partie préservée de ruine, tout le reste ayant été abimé. La mer enflée extraordinairement, inonda les maisons les plus proches du rivage et les entraîna avec les meubles et les hommes ».

 Procope de Césarée ensuite : « Il y eut, dans le même temps, un tremblement de terre, qui ébranla si furieusement la Béotie, l’Achaïe, et les bords du golfe Crisée, que huit villes, et plusieurs villages périrent. Les villes de Chéronée, de Coronée, de Patra, et de Naupacte, furent de ce nombre. Une infinité d’hommes en moururent. En quelques endroits, la terre s’entrouvrit, puis, en se rejoignant, elle reprit sa première face. En d’autres endroits, les ouvertures sont demeurées, qui ont rompu les chemins, et qui obligent de prendre de grands détours. Dans la retraite que la mer fait, entre la Thessalie, et la Béotie, elle se déborda tout d’un coup proche des villes d’Echinée, et de Scarsia, et renversa tous les bâtiments. Elle inonda si longtemps la campagne, et changea si fort des places, que l’on pouvait aller à pied en certaines petites îles, au lieu qu’on ne pouvait approcher des montagnes ».

 De quelle force pouvait être ce séisme sur l’échelle de Richter pour provoquer une telle catastrophe ? Et de quelle ampleur étaient ces raz-de-marée ? De nos jours, nous savons qu’il faut au moins un tremblement de Terre de force 8 pour provoquer de tels dégâts... En outre, cet événement est simultané à tout le bassin méditerranéen. Et à Rome, c’est le pape Grégoire le Grand qui témoigne de la grande détresse de la ville : « Des ruines sur des ruines... Où est le sénat ? Où est le peuple ? » Grégoire de Tours relate aussi la catastrophe : « Le fleuve du Tibre avait couvert la ville de Rome d’une telle inondation que les édifices antiques en avaient été renversés ».

 Ce cataclysme ne s’est pas arrêté à provoquer des tremblements de terre et des raz-de-marée sur toute la surface de la Terre, il a aussi obscurci le ciel pendant une longue période ! Plusieurs personnes ont témoigné de ce phénomène. Tout d’abord le préfet Aurélius Cassiodorus : « Nous observons tous, pour ainsi dire, un soleil de couleur bleue ; nous nous émerveillons des corps qui ne projettent pas d’ombre à midi... Nous avons donc un hiver sans tempête, un printemps sans douceur, un été sans chaleur ». Procope de Césarée encore : « Le soleil donnait sa lumière sans éclat, comme la lune, durant toute l’année... » Enfin Jean d’Ephèse : « Le soleil était sombre et son obscurité dura 18 mois ; chaque jour, il brillait environ 4 heures, et cette lumière n’était qu’une ombre faible ».

 Les conséquences sur le climat ont été radicales : la température en Europe a baissé en moyenne de 2 à 3°, la pluie qui tombait était rouge, et il tombait aussi de la poussière jaune comme de la neige. Alors que le bassin méditerranéen était plongé dans un brouillard sec, il neige tous les mois de l’année en Europe du nord. Les récoltes auraient été mauvaises pendant sept ans. Les cernes des arbres montrent une croissance ralentie pendant 15 ans !

 

La Peste de Justinien

 Sur le plan humain, le bilan est effroyable. Les mauvaises récoltes provoquent la famine, et les épidémies se multiplient sur des organismes déjà très affaiblis. Procope de Césarée témoigne de cette « peste » qui frappa l’Empire : « Il y eut en ces temps-là une maladie contagieuse, qui enleva une grande partie du genre humain. (...) Elle commença par les Egyptiens de Péluse. De là elle se partagea, et alla, d’un coté vers Alexandrie, et de l’autre dans la Palestine. Ensuite avançant toujours, et avec une démarche réglée, elle courut toute la terre. Elle semblait garder une mesure égale, de s’arrêter un certain temps en chaque pays. Elle s’étendit jusqu’aux nations les plus éloignées, et il n’y eut point de coin, pour reculé qu’il pût être, où elle ne portât sa corruption. Elle n’en exempta ni île, ni montagne, ni caverne. (...) Elle commençait toujours par les contrées maritimes, d’où elle se répandait sur celles qui étaient loin de la mer (...) C’était ou en s’éveillant, ou en se promenant, ou en quelque autre occupation, qu’ils s’apercevaient d’avoir là fièvre. Ils ne changeaient point de couleur. Ils ne sentaient point d’inflammation, et l’accès semblait si léger, que les médecins avaient peine à le reconnaitre en tâtant le pouls, et qu’ils n’y voyaient aucune apparence de danger. Cependant sur le soir, ou le lendemain, il paraissait un charbon à la cuisse, ou à la hanche, et quelquefois sous l’aisselle, ou à l’oreille. Voilà ce qui arrivait presqu’à tous ceux qui étaient surpris de ce mal (...) Quelques-uns mouraient le jour-même qu’ils étaient frappés, et les autres les jours suivants. Il y en avait à qui il s’élevait par tout le corps des pustules noires, de la grosseur d’un pois ; et ceux-là ne passaient jamais le jour, et quelquefois ils expiraient à l’heure-même (...) Cette maladie dura quatre mois à Constantinople ; mais elle n’y fut, bien violente que pendant trois mois seulement. Elle enlevait d’abord si peu de personnes, que le nombre des morts n’en paraissait pas plus grande que de coutume. Dans la suite il en mourrait cinq mille chaque jour, et sur la fin dix mille, et plus ». Près de la moitié de la population de l’Empire Romain serait morte au cours de cette période. Sans doute ce chiffre est-il plus élevé encore... La « Peste de Justinien », comme elle a été appelée, s’étala de 541 à environ 767 dans tout le bassin méditerranéen, avec un pic en 592. Des villes sont désertées, des villages abandonnés, et, à la suite de cette catastrophe, l’Europe plongea dans le Moyen Âge pour une période d’environ 1 000 ans, selon notre chronologie officielle...

 

La Peste Noire du Moyen-âge

 800 ans plus tard, la même épidémie de peste revient. En effet, de nouvelles recherches en paléobiochimie moléculaire ont permis de confirmer la présence du bacille Yersinia pestis pour la Peste Noire et la Peste de Justinien. La Peste Noire frappa toute l’Europe occidentale de 1347 à 1351. Quant à son origine, l’épidémie aurait débuté en Mongolie et se serait dispersée dans le bassin méditerranéen à cause des marins génois. Comme pour la peste de Justinien, l’épidémie apparait en premier dans les ports. Messine, Gènes et Marseille sont touchés en 1347. Comme pour la peste de Justinien, l’épidémie n’épargne aucun lieu, et se propage jusqu’en Scandinavie et en Russie. Et comme pour la Peste de Justinien, le taux de mortalité est effrayant. Il serait de 30 à 50 %, et à près de 80 % dans certaines villes. En cinq ans, la Peste Noire aurait fait au minimum 25 millions de victimes parmi la population européenne.

 

Des épidémies copier/coller

 Effectivement, la Peste Noire semble une copie conforme de la Peste de Justinien, comme si l’on avait superposé les deux épidémies ! D’ailleurs, est-il possible de les superposer chronologiquement ? Voyons voir... Le pic de l’épidémie de Peste de Justinien a lieu en 592, celui de la Peste Noire en 1348. Faisons une simple soustraction : 1348 - 592 = 756 ans. Curieuse coïncidence, ces 756 ans se rapprochent dangereusement des 753 ans séparant le calendrier romain du calendrier chrétien... Serait-il donc possible que le calendrier chrétien se soit en fait superposé au calendrier romain ??? Une enquête s’impose...

 

La datation médiévale

 Notre premier réflexe est de chercher à savoir comment, concrètement, faisait-on la différence au Moyen Âge entre une date romaine et une date chrétienne. Pour avoir la réponse à cette question, nous consultons un ouvrage de spécialistes, tel Construire le temps, normes et usages chronologiques du Moyen-âge a l’époque contemporaine, à l’intérieur duquel nous trouvons un article de Robert Favreau intitulé « La datation dans les inscriptions médiévales françaises ». Familiarisons-nous donc avec le système de datation médiévale !

 Nous apprenons tout d’abord que « du IVème au VIIème siècle, les inscriptions chrétiennes de la Gaule emploient la datation à partir des consuls romains ». Ce système se maintient jusqu’au début du VIIème siècle, soit 15 à 20 ans après le cataclysme dit de « l’Age des ténèbres ». Ensuite : « Le point de départ ordinaire de la chronologie dans les inscriptions médiévales est sans conteste l’an de l’Incarnation. On sait que ce mode de calcul fut mis au point par un moine de la première moitié du VIème siècle, Denis Le Petit. Dans une chrétienté qui s’affirmait, ce calcul avait l’intérêt de donner comme point de départ de l’année la référence à l’événement qui fondait une ère nouvelle, l’Incarnation du fils de Dieu. Il ne connut d’abord qu’une propagation restreinte ; en Gaule, il apparaît pour la première fois dans des capitulaires de 742 et de 744, mais la chancellerie ne l’utilisera qu’au cours du règne du roi Eudes, à la fin du IXème siècle, puis de façon continue à compter de 967, à une époque qui est aussi le point de départ de son usage à la chancellerie pontificale comme dans les inscriptions romaines ( première occurrence pour un acte en 957, pour une inscription en 963 ) ». Concrètement, les inscriptions et les manuscrits donnent la date de la façon suivante : anno Incarnationis Domini, soit « an de l’Incarnation de notre Seigneur », suivi des années exprimées en chiffres romains. Certaines inscriptions mentionnent une datation en anno gratie, utilisée principalement au XIIIème siècle. « Mais la façon la plus courante de formuler la référence à l’ère chrétienne est de recourir à l’expression « anno Domini » ». On trouve cette datation dès le VIIIème siècle et elle se généralise à partir du XIIIème siècle.

 

Un décalage de 200 ans

 Une première surprise dans le système de datation médiévale : il existe un décalage de 200 ans environ entre l’invention de l’ère chrétienne par le moine Denis le Petit et son application dans l’Occident médiéval. En effet, Denis le Petit invente l’ère chrétienne en 525 en rédigeant son livre, le Liber de Paschate, mais l’expression ab incarnationis domini ou anno domini, n’apparaît au plus tôt qu’à partir de 730... Comme nous pouvons lire sur le site http://www.archaeometry.org, « la première utilisation supposée du mode de datation basée sur l’anno domini est tardive. Elle pourrait dater au plus tôt de 731 ». Comment cela peut-il s’expliquer ?

 

Le Liber de Paschate ou l’invention de l’ère chrétienne

 En 525, à Rome, le moine Dyonisius Exiguus est chargé par le chancelier papal Bonifacius de concevoir une méthode pour prévoir la date de Pâques selon la règle Alexandrine. En effet, Denis le Petit a en sa possession des tables alexandrines en anno diocletiani, partant de la première année du règne de l’empereur Dioclétien, en 285, et qui s’arrêtaient 247 plus tard ( soit 285 + 247 = 532 ). Denys ajouta donc un cycle de 95 ans à ces tables, et il décida de modifier l’année du début du calendrier pour ne plus se référer au calendrier de Dioclétien, empereur qui avait sévèrement persécuté les chrétiens. Il déclara donc que l’année où il réalisait ce complément aux tables d’Alexandrie était l’année 525 après l’Incarnation du Christ qui devenait l’année de départ du nouveau calendrier. Il publia ses recherches dans un livre, le Liber de Paschate ( consultable sur internet à la page suivante : http://www.henk-reints.nl/cal/audette/denys.html ), en 525. Le pape Jean II approuva son calendrier en 533. La naissance de Jésus fut donc reportée au 25 décembre 753 AUC. Et l’an I de l’Anno Domini équivaut désormais à l’année julienne 754 ab urbe condita, soit à l’an 754 depuis la fondation de Rome.

 

Quand Bède le Vénérable cite Denis le Petit

 Nous voyons donc que le pape Jean II approuva officiellement le nouveau calendrier chrétien en 533. Mais il n’est pas appliqué immédiatement à toute la chrétienté. Certes, le cataclysme de 535, le pillage de Rome par les Ostrogoths en 537, et les épidémies de peste à répétition dans tout l’Empire font que la diffusion de l’ère chrétienne sera très, très longue à s’imposer...

 Curieusement, c’est en Grande-Bretagne que le Liber de Paschate ressurgit au bout de 200 ans, dans le monastère de Jarrow. Le moine Bède, dit le Vénérable, reprend les calculs de Denis le Petit pour fixer les nouvelles dates de Pâques. Les calculs de Bède le Vénérable vont ensuite servir de référence à tout l’Occident médiéval. Mais Bède est surtout connu pour son livre Historia ecclesiastica gentis anglorum, Histoire ecclésiastique du peuple anglais, qui est le premier à reprendre et à citer l’ère dionysienne, et publié vers 726. Curieusement, le moine Bède le Vénérable, qui n’a quasiment jamais quitté son monastère, serait devenu très populaire et ses livres se seraient diffusés rapidement dans tout l’Occident, au point que ce serait sous son impulsion, et non pas sous celle des papes, que l’ère chrétienne se serait très, très rapidement imposée...

 

L’anno domini selon Bède le Vénérable

 Comment Bède le Vénérable utilise-t-il l’ère chrétienne de Denis le Petit dans son livre Historia ecclesiastica gentis anglorum ? Pour répondre à cette question, nous pouvons consulter le site « histoire critique du christianisme romain » ( http://srg.hereses.perso.libertysurf.fr/index.html ) et sa page « invention de l’ère chrétienne » :

 Bède « a fait siens les calculs de Denis le Petit, qu’il attribue aux Apôtres et Pères de l’Eglise sans chercher à savoir pourquoi le Sauveur dionysien est né le 25 décembre 753 ab Urbe condita, et non le 1 Janvier 754 . S’il répète inlassablement la formule " anno domini " c’est pour signifier que l’on doit célébrer Pâques le premier dimanche suivant le 15ème jour de la nouvelle lune de Mars, et non pour instituer une ère chrétienne dont il ne parle jamais et dont la notion lui est totalement étrangère. Tous les Actes officiels romains, particulièrement les lettres de Grégoire le Grand reproduites par Béde, sont datés du règne des Empereurs romains d’Orient. Bède se réfère continuellement au calendrier romain traditionnel, en conservant les noms romains des mois, les divisions de ces mois en calendes nonnes et ides  ; il décompte également les règnes des rois anglais en années depuis leur accession au trône ; la formule " anno domini " lui sert de connexion et d’unification de leurs calendriers. Bien plus, il débute son " Histoire ecclésiastique " par un rappel solennel, grâce à Jules César et à Claude, du passé de Rome, dont la création calculée par Varron 753 ans avant la naissance supposée du Sauveur christianiste constitue le point de départ effectif de toute chronologie ».

 Curieusement, Bède le Vénérable ne relie jamais anno domini et ère chrétienne ! Et nous n’avons toujours pas trouvé la réponse à notre première question : comment au Moyen Âge fait-on concrètement la différence entre une date romaine et une date chrétienne ?

 

Le calendrier romain...des jours

 Au Moyen Âge, lorsque l’on parle du calendrier romain, il s’agit du calendrier romain des jours et non celui des années. Toujours selon Robert Favreau, « il était plus important, au Moyen Âge, de connaître le jour du mois que l’année, notamment parce que la connaissance du jour était indispensable pour célébrer la mémoire du défunt chaque année ou pour fêter l’anniversaire de la dédicace d’une église ». Ainsi, à part la datation selon l’année des consuls, les Romains n’auraient jamais utilisé un calendrier des années !? En France, le calendrier romain des jours s’utilise encore jusqu’au XVème siècle...

 

Ab Urbe condita

 Ab Urbe condita signifie « à partir de la fondation de la Ville »... de Rome, Rome étant surnommée l’Urbs, « La » ville. Ab urbe condita est aussi le titre d’un livre de Tite-Live, qui a écrit toute l’histoire de Rome et de son empire depuis sa fondation. Dans ses manuscrits, Tite-Live reprend les travaux de l’écrivain Varron ( décédé en 27 avant Jésus Christ ). Celui-ci a daté la fondation de Rome à - 753. Comme nous l’avons constaté, les Romains n’utilisent pas l’expression Ab urbe condita pour leur datation. Et c’est seulement à la Renaissance, à partir de 1430 à Rome, que la datation Ab urbe condita, AUC en abrégé, va se généraliser en référence au glorieux passé romain.

 Concrètement donc, puisqu’il n’existerait pas de calendrier romain des années, au Moyen Âge, la datation exprimée anno ab incarnationis ou anno domini serait forcément en référence à l’ère chrétienne...

 

Anno 730

 Nous avons vu que l’anno ab incarnationis ou anno domini, est utilisée au plus tôt vers 730. Selon notre calendrier chrétien, cette date est aléatoire et ne correspond à aucun événement particulier. Cependant si nous nous référons au calendrier romain des années, qui existait bel et bien, mais n’était jamais utilisé dans la datation, l’année 730 Ab urbe condita correspondrait-elle à un événement particulier ?

 L’année 730 AUC, qui correspondrait à l’année 23 avant Jésus-Christ, marque effectivement un grand tournant dans l’histoire de l’Empire Romain. C’est en effet cette année là que l’empereur Auguste a créé l’administration impériale. Auguste crée tout un corps de fonctionnaires, qu’il nomme et qu’il paie. Bref, l’année 730 marque le véritable début de l’Empire romain. Faut-il donc voir un lien entre l’apparition de l’anno ab incarnationis domini et la mise en place de l’administration romaine ? Auguste pouvait-il synchroniser tout l’Empire romain sans imposer un système de datation annuel ? D’autre part, nous avons vu que c’est Varron, puis Tite-Live, qui ont daté la fondation de Rome. En toute logique, il était donc impossible de dater correctement les années romaines avant le début de l’Empire. Et l’histoire de la ville de Rome comme centre de l’Empire ne devient importante qu’à partir d’Auguste.

 Si donc nous superposons les calendriers romain et chrétien, il est normal que l’anno ab incarnationis domini n’apparaisse pas avant 730 ! Et ce serait pour cette raison qu’il n’existerait pas et qu’il ne pourrait exister aucune date anno domini avant 726 au plus tôt ! Ainsi, Auguste aurait imposé la datation romaine à tout l’Empire sous le terme anno ab incarnationis domini...

 

Anno ab incarnationis domini

 « L’an de l’incarnation du seigneur » pourrait-il correspondre au début de l’Empire romain ? Attardons déjà sur le terme domini, ou dominus. Pour connaître la signification de ce mot, nous nous référons au dictionnaire latin-français de Felix Gaffiot. Dominus, désigne le maître ou le propriétaire, mais aussi « seigneur ». Et selon Suétone, Dominus est aussi le nom donné aux empereurs après Auguste et Tibère et plus encore avec Septime Sevère ( 193 - 211 après Jésus Christ ). En effet, l’Empereur est considéré comme une personne sacrée. Depuis Auguste, l’Empereur possède le titre de Pontifex Maximus et est le chef de la religion. Septime Sévère accentue le caractère sacré de l’Empereur et se fait couramment appeler dominus ou dominus noster... Faut-il voir une corrélation entre le règne de Septime Sévère et la généralisation dans la datation du terme anno domini nostri ? Rappelons que Robert Favre nous indique que la chancellerie pontificale utilise l’anno domini à partir de 960. Or, si nous superposons les calendriers romain et chrétien ( 960 - 753 = 209 ), nous constatons que l’anno domini pourrait bien s’être généralisée sous l’influence de Septime Sévère...

 

 

Septimus Severus dominus noster

 Et le terme incarnationis ? Toujours selon le dictionnaire latin-français de Félix Gaffiot, incarnationis est un terme se rapportant exclusivement à la religion. Incarnationis se traduit par « incarnation ». Existe-t-il un lien entre incarnationis et l’Empire romain ? Les empereurs peuvent-ils être des seigneurs incarnés ? Nous remarquons qu’Auguste a divinisé Romulus, le fondateur de Rome. Ainsi, faudrait-il lire anno ab incarnationis domini comme « année de l’incarnation de notre seigneur » ... Romulus ? Auguste a-t-il imposé le culte de la Rome incarnée dans la personne sacrée de l’Empereur ? C’est une possibilité...
 Une autre hypothèse : le terme incarnationis serait à mettre en relation avec celui d’imperium. Imperium signifie « pouvoir, pouvoir suprême » puis devient synonyme d’« empire » et de « gouvernement impérial ». Le site « Histoire critique du christianisme romain » remarque que le Pape « fixera l’origine de sa puissance à la date de l’accession de son dieu à l’Imperium, c’est-à-dire à la date de son Incarnation supposée ». Il pourrait donc bien exister un lien entre « Empire » et « Incarnation »...

 

Jésus Christ dans la datation

 Et Jésus-Christ dans tout cela ? Quand apparaît-il dans la datation ? Si nous suivons le cours de l’Histoire officielle, c’est le moine Denis le Petit qui instaure donc l’ère chrétienne et propose le terme de datation suivant : Anno domini nostri Jesus Christi. Comme le pape Jean II adopte cette nouvelle datation en 533, nous pourrions nous attendre à voir Jesus Christi apparaître conjointement à la datation anno ab incarnationis domini. Eh bien, non !

 Nous savons donc que la datation anno domini apparaît au plus tôt vers 726-730. Cependant, elle ne commence à se généraliser qu’à partir du milieu du Xème siècle, vers 960. Et en France, toujours selon l’article « la datation dans les inscriptions médiévales françaises », l’expression anno ab Incarnatione domini ( nostri ) Jesu Christi n’apparaîtrait au plus tôt qu’en 990, et encore, n’est-elle que très rarement utilisée. Ainsi, il y aurait au minimum plus de 250 ans d’écart entre l’apparition de la datation anno ab incarnationis domini et celle d’anno domini Jesu Chisti ! Et entre l’acceptation de l’ère chrétienne par Jean II et son application dans la datation, l’écart serait de plus de 450 ans !!!

 450 ans !!! Cherchons l’erreur... Nos historiens de la Renaissance auraient-ils pu supposer à tort qu’anno Incarnationis domini faisait directement référence à Jésus Christ, alors que la mention Jesu Christi est très postérieure à l’apparition de la datation anno domini ? Pour répondre à cette question, il faut se demander quand le christianisme apparaît dans l’Empire romain. Et pour cela, il va nous falloir en apprendre un peu plus sur la religion romaine...

 

Le culte de Mithra

 A Rome, donc, les dieux vénérés sont tout d’abord Jupiter, Apollon, Mars, Bellone, Minerve, Bacchus etc. Mais à la fin de la République et au début de l’Empire, les cultes venus d’Orient s’imposent de plus en plus face aux dieux gréco-romains. Le plus populaire est celui de Mithra, le dieu soleil. Sous Tibère, on ne dénombre pas moins de 45 sanctuaires dédiés à Mithra dans Rome. Et au IIème et IIIème siècle, ce culte s’est répandu dans tout l’ouest de l’Empire, de la Bretagne au Danube. Mithra est un culte venu de Grèce et très populaire dans l’armée romaine car il parle d’une vie après la mort. Les principes rituels de ce culte ? Le baptême par immersion et un échange de pain et de vin. Les lieux de culte ? Principalement des grottes ou des temples reproduisant une grotte. Curieusement, nos églises romanes sombres nous font beaucoup penser aux temples dédiés à Mithra... De là à penser que nos églises romanes étaient en fait originellement des temples dédiés à Mithra... Selon notre datation synchronisée, cette hypothèse serait bien possible...

 

Le culte de Sol Invictus

 Pour le culte de Mithra, la date la plus importante dans le calendrier romain est le 25 décembre, le jour de la renaissance du soleil. Mithra s’est peu à peu substitué à l’ancien culte gréco-romain du dieu Hélios-Sol. D’ailleurs le mot « noël » est un dérivé de « néo Hélios », le nouveau soleil. Mais à partir du IIIème siècle, un nouveau dieu apparaît dans l’empire romain, Sol Invictus, Soleil Invaincu. Ce culte reprend des aspects du culte de Mithra et d’Apollon, et se développe principalement dans l’armée romaine. L’empereur Aurélien ( 270-275 ) proclame Sol Invictus patron principal de l’Empire romain, et fait du 25 décembre une fête officielle en 274 ( 1027 AUC ). Il fait construire un nouveau temple à Rome et crée un collège de pontifes spécialement pour Sol Invictus. Avec Aurélien, et la crise qui sévit dans l’Empire suite aux invasions barbares ( la fameuse peur de l’an mil ? ), l’autorité de l’Empereur et sa légitimité sont renforcées. Aurélien se proclame deus, divin, et ses monnaies portent l’inscription deus et dominus natus, dieu et maître.

 

Les réformes de Dioclétien

 Avec l’empereur Dioclétien ( 284 - 305 ), la sacralisation de l’Empereur se poursuit. L’empereur se fait désormais couramment appeler Dominus, se coiffe d’un diadème et d’un manteau richement brodé, et impose en 291 ( 1044 AUC ) le rite de la génuflexion. Comme l’Empire devient de plus en plus difficile à diriger, les provinces sont morcelées et passent de 47 à 85. Les nouvelles provinces sont regroupées en douze diocèses gérés par des vicaires, recrutés dans l’ordre équestre et dépendant uniquement de l’empereur. Les vicaires ont de grands pouvoirs : ils jugent, contrôlent les gouverneurs, repartissent les impôts. Par contre, ils n’ont aucun commandement militaire. Dioclétien sépare les carrières civiles et militaires. Mais Dioclétien est surtout connu pour sa grande persécution contre les manichéens ( en 297 - 1050 AUC ) et les chrétiens ( 303 - 1055 AUC ) qui ne sacrifiaient pas aux dieux de l’Empire. En Orient, ceux qui ne sacrifient pas risquent la peine de mort. Cependant, nous avons observés que les rites de Sol Invictus sont totalement similaires à ceux du christianisme. Alors.. ? Voyons tout d’abord qui sont les manichéens. Pour eux, le monde se divise en deux, le Bien et le Mal, et les deux doivent se combattre. Les manichéens pratiquaient des périodes de jeûne, le célibat et les « élus » passaient leur temps à prêcher. Seuls les « élus » étaient assurés d’atteindre le Royaume de la Lumière après leur mort. Pour Dioclétien, ces persécutions visaient surtout à maintenir la cohésion des légions, ainsi que celle de la société romaine, et la présence d’objecteurs de conscience ne pouvait plus être tolérée. Et les chrétiens, qui sont-ils ?

 

Qui sont les chrétiens ?

 En - 71 ( 682 AUC ), le général Marcus Licinius Crassus réprime cruellement la révolte des esclaves menée par le gladiateur Spartacus. Spartacus, ou du moins son principal lieutenant ( le gladiateur serait mort en combattant Crassus ), est crucifié avec ses 6 000 compagnons sur la Via Appia, de Rome à Capoue. L’exemple est terrible et frappe durablement l’esprit des esclaves. Plus aucune révolte servile d’importance n’aura lieu dans l’Empire romain. Cependant, sous Auguste, les esclaves de sa nouvelle administration travaillant à Alexandrie découvrent la Septante gréco-latine. Depuis Spartacus, beaucoup n’avaient que l’esclavage à vie pour seul horizon et rêvaient d’un « jugement dernier » où l’oppresseur romain recevrait enfin ce qu’il méritait... En découvrant l’Ancien Testament, les fonctionnaires d’Auguste découvrent un livre qui leur parle. Ils trouvent dans ces lignes un grand écho aux souffrances qu’ils endurent, et à leur espoir d’une vie meilleure dans un autre monde. Et ils vénèrent désormais le dieu unique en opposition aux dieux romains. Et surtout, l’Ancien Testament précise leur identité de personnes humiliées ayant faim de revanche. Petit à petit, l’Ancien Testament se répand dans le milieu de l’administration romaine, et plus encore à Rome. La Septante devient ainsi le manifeste de référence des esclaves et de tous ceux résistant à l’oppresseur romain. Sous l’empereur Claude ( 41-54 ou 794-807 AUC ), un agitateur appelant à la révolte s’appelait Chrestos, et beaucoup d’esclaves d’origine juive étaient dans son groupe. Les compagnons de Chrestos se font rapidement appelés les chrétiens. Sous Trajan ( 98-117 ou 851-870 AUC ), cette appellation caractérisait toute personne opposée à l’ordre romain. Et être chrétien était passible de la peine de mort. Dans ce contexte, il est plus que logique que Dioclétien persécute les chrétiens puisque ceux-ci prônaient la révolte et la sédition à l’Empire Romain !

 

Constantin ou la consécration du Christ

 L’empereur Constantin ( 306-337 ), après sa victoire à la bataille du Pont Milvius sur Maxence en 312 ( 1065 AUC ), change complètement le visage de l’Empire romain. A la suite de sa victoire, il fait apposer sur le bouclier de ses légionnaires, le chrisme, son nouveau symbole, formé des deux lettres grecques Khi ( X ) et Rho ( P ), les initiales du mot Christos, signifiant « oint de Dieu », « qui a reçu l’onction sainte de Dieu ». Par la suite, le chrisme devint le symbole des légions romaines. En 313 ( 1066 AUC ) Constantin promulgua l’édit de Milan, autorisant la liberté de culte à tous les citoyens de l’Empire. Nos chrétiens, les ennemis de l’Empire, peuvent désormais librement pratiquer leurs assemblées et les traductions de la Septante en latin se multiplient. Constantin, en prônant la concorde dans l’Empire autour du dieu unique, fait ainsi taire toutes les séditions. En 321 ( 1074 AUC ), Constantin impose le repos dominical, sous le nom de « Jour vénérable du Soleil ». Sol Invictus était donc encore le culte de l’Empire... En 324 ( 1078 AUC ), Constantin installe sa capitale en Orient dans la ville de Byzance, et la rebaptise Constantinople.

 

Le Concile de Nicée

 En 325 ( 1079 AUC ) a lieu le concile de Nicée. Selon la Tradition, à l’issue de ce concile, Constantin et sa nouvelle église ( du latin ecclesia = assemblée ) assimilèrent les principes monothéistes des manichéens et des chrétiens au culte de Sol Invictus et créa la nouvelle religion ( du latin religio = respect, culte, vénération ) du Christ-Empereur, fils du dieu unique. D’après le site « Histoire critique du christianisme romain » : « La religion chrétienne se christianisa et devint donc religion grecque ( ô christianismos ) c’est-à-dire culte de Constantin, unique représentant du Dieu Unique dans son Empire en voie d’unification. Cela rappelait à la mémoire des érudits le culte promulgué autrefois à la gloire d’Alexandre le Grand ». Plus surement, le Concile de Nicée, soit l’assemblée de l’Empereur, établit le nouveau dogme officiel de l’empire romain : le culte du Christ-Empereur en remplacement de Sol Invictus. La construction des basiliques, les maisons de l’Empereur dédiées au Christ, mais servant aussi de tribunal, de lieu de commerce, de promenades, d’assemblée, etc. se multiplient dans tout l’Empire. Une curiosité est à remarquer. Elle est soulignée par le site « Histoire critique du christianisme romain » : « Eusèbe de Césarée, par sa " Vie de Constantin " contribua beaucoup à la déification de celui-ci qui jusqu’à la fin de la période romane du Moyen Age ( 12ème siècle ) fut honoré par les fidèles comme le fondateur de l’Eglise catholique. De nombreuses églises romanes, en Poitou Charente, Alpes de Provence etc., portent au-dessus de leurs porches, par où les foules circulaient, d’imposantes statues équestres appelées des " Constantin ", auxquelles Emile Male a consacré dans son " Art religieux du 12ème siècle en France ", des pages d’une érudition émue ». Jusqu’au XIIème siècle ! Constantin serait donc honoré par l’Eglise chrétienne pendant prêt de 800 ans ! Ne semble-t-il pas plutôt évident que les églises romanes ont été dédiées à Constantin car elles ont été construites à son époque ? Et qu’il faudrait donc bien superposer le calendrier chrétien au calendrier romain ?

 Ainsi, si Constantin s’assimile à Jésus-Christ, il est normal d’avoir un décalage dans la datation entre anno ab incarnationis domini et anno domini nostri Iesu Christi, car 350 ans, du règne d’Auguste à celui de Constantin, les séparent !

 Concernant l’assimilation de Christi à Iesu, soit Jésus est effectivement le nom du sauveur chrétien, soit Iesu signifie tout simplement « Dieu unique » et anno domini nostri Iesu Christi signifie « année de notre maître oint du dieu unique »...

 Le 25 décembre 335 ( 1088 AUC ), à Rome, la fête de Sol Invictus change officiellement de dénomination, pour devenir celle de Christ, oint du dieu unique. Les rites de célébration ne changeaient pas, seule l’appellation change.

 

Le mythe de la croix

 Le symbole de la croix est un rite très ancien. Il est tracé en signe de protection, puis sur le front lors du baptême. Ensuite, trois versions s’affrontent. Selon la première, le premier symbole des chrétiens était le poisson, car en grec « poisson » s’écrit IXΘYΣ, ou ichthus, dont les lettres constituent les premières lettres de Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr, c’est-à-dire Jésus Christ, Fils de Dieu et Sauveur. Selon la seconde version, le chrisme de Constantin devient le symbole officiel de l’Empire romain et s’impose partout dans le paysage. Selon la troisième version, comme Spartacus est devenu le symbole de la lutte contre l’Empire romain, et que ses partisans ont tous été crucifiés par Crassus sur la voie Appienne, ce serait pour cette raison que le symbole de la croix a été adopté par les chrétiens...

 

Rome, Constantinople et le début des pèlerinages

 En 324 ( 1078 AUC ), Constantin décide de construire sa nouvelle capitale de son empire sur le site de la ville grecque de Byzance, réputée imprenable. Il la baptisera la « Nouvelle Rome » car il la construit autour de sept collines avec un forum, un Capitole, un sénat, un palais, un hippodrome et la basilique dédiée à la Sagesse Sacrée. La ville est inaugurée en 330 ( 1084 AUC ). Dans le même temps à Rome, Constantin fait bâtir une nouvelle basilique sur l’emplacement du Circus Vaticanus, le cirque de Caligula. L’Empereur quitte donc l’Occident et Rome pour s’installer en Orient. De tout l’Occident, les pèlerins vont affluer à Constantinople pour voir la ville, aller siéger au sénat, ou rencontrer l’Empereur. Les pèlerinages, du latin peregrinatio, qui signifie voyage ou séjour à l’étranger, vont se multiplier. Dans tout l’Empire, se développe un nouvel ordre qui va profiter de la division entre l’Orient et l’Occident et convoyer les voyageurs : les Templiers.

 

La fin du paganisme

 Selon la Tradition, la mère de Constantin, Hélène, lors d’un séjour à AElia Capitola, Jérusalem, en 326 ( 1080 AUC ) aurait découvert la vraie croix de Jésus lors de la construction de la basilique ordonnée par son fils sur l’emplacement d’un temple dédié à Vénus construit par l’empereur Hadrien. Cependant, ces récits n’apparaissent qu’à partir des années 370 ( 1120 AUC )... En tout cas, c’est à partir de cette époque que le mot martyrium ( = lieu où un martyr est enseveli ) se généralise et désigne une église basilicale contenant une relique. De même, c’est à cette époque que le paganisme tend à disparaître sous la volonté des empereurs. Ainsi, l’Empereur Constant II proclame en 357 ( 1110 AUC ) un édit de persécution contre les païens : « Nous décrétons la peine capitale contre ceux qui sont convaincus d’adorer les idoles ».

 

Les croisades

 Le terme « croisade » provient de l’adjectif crucesignatus, croisé ( littéralement, marqué par la croix ) ou du verbe crucesignare, prendre la croix. Le terme « croisade » n’est pas employé avant le milieu du XIIème siècle. C‘est le terme « voyage à Jérusalem » ou « pèlerinage » qui est utilisé, ainsi qu’ « aide à la Terre Sainte ». Du point de vue musulman, les croisades sont perçues comme la continuation de la lutte contre l’Empire romain d’Orient. La Terre Sainte est-elle l’empire romain d’Orient ?

 En 1095 ( AD ), au concile de Plaisance les ambassadeurs de l’empereur byzantin réclament aux Occidentaux une assistance militaire. Les chevaliers d’Occident s’engagent donc à délivrer l’Empire des « païens ». Ils prennent la croix au nom de l’Empereur, et deviennent les cruce signati. En 1097 ( AD ), tous arrivent à Constantinople et s’unissent pour prendre Jérusalem en 1099 ( AD ). Un royaume est créé. Que se passe-t-il à Jérusalem ? En construisant une basilique impériale, des fragments de croix sont trouvés et établissent sans doute le mythe fondateur du Christ mort sur la croix. De même, l’Ancien Testament étant originaire de Palestine, c’était aussi la Terre Sainte de tous les chrétiens, la terre originelle du dieu unique. A partir de ce moment, les reliques dites de la Vraie Croix, ainsi que les pèlerinages vont se multiplier.

 

Les Templiers

 En 1120 ( AD ), la milice des pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon est créée. Ces chevaliers arborant le chrisme ont pour mission de sécuriser les voyageurs à destination de l’Orient. Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem, à l’emplacement du Temple de Salomon qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple.

 

Théodose ou l’Inquisition

 L’Empereur Théodose ( 376-395 ou 1129-1148 AUC ) radicalise totalement la religion. En 380 ( 1133 AUC ), il proclame l’édit de Thessalonique dans tout l’Empire : « Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains - ainsi que l’affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu’à maintenant - et qu’il est clair que suivent le pontife Damase Ier et l’évêque d’Alexandrie, Pierre, homme d’une sainteté apostolique : c’est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l’unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l’infamie de l’hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d’églises et ils seront l’objet, d’abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adopté suivant la volonté céleste ». Le paganisme est définitivement proscrit. Ainsi, des bataillons de moines illettrés, vêtus de noir, tuèrent sous les ordres des évêques, brulèrent maisons et bibliothèques dans leur haine des anciens dieux, de tout ce qui est hostile à l’empereur, et même des philosophies platoniciennes ( sur ce sujet, R. Mac Mullen, Christianisme et paganisme du IVème au VIIIème siècle ). Peut-il exister deux périodes d’Inquisition et d’hérésie ? L’inquisition de Théodose n’est-elle pas exactement la même que celle qui sévit au Moyen Âge ?

 

Le bas Empire

 En 395 ( 1148 AUC ), l’empire romain se sépare définitivement entre Orient et Occident. Et l’Occident ne peut plus se maintenir face à la nouvelle vague d’invasion. En 407 ( 1160 AUC ), l’armée romaine évacue définitivement la Bretagne. Les Wisigoths mettent à sac Rome en 410 ( 1163 AUC ). En 451 ( 1204 AUC ), Aetius bat les armées d’Attila. En 476 ( 1229 AUC ), l’empire romain d’occident disparaît définitivement. Rome n’est plus que l’ombre de son passé glorieux, mais des combats sont toujours donnés dans les Arènes...

 

Le flou des années 530-600

 Selon les sources, plusieurs épidémies de peste se succèdent suite à l’impact de la météorite datée à 535 ( 1288 AUC ). Ainsi, près de 50 années se seraient écoulées entre l’apparition de la peste en Egypte en 541 et à Rome en 590. Or, cette épidémie est simultanée et s’est propagée très rapidement. Dans ce laps de temps, Rome serait prise par les ostrogoths en 537, qui auraient achevé la ville antique en détruisant les aqueducs. Sans doute faut-il situer l’impact plutôt vers 1343 AUC.

 

Le cataclysme marque les esprits

 Lorsque le cataclysme s’abat sur l’Empire, celui-ci fonctionne encore très bien et les édits de l’empereur Justinien sont appliqués même en Occident. Et puis, subitement, la terre se met à trembler et tout s’écroule, des raz-de-marée détruisent les côtes, et même Rome est touchée par le débordement du Tibre. A cela s’ajoute un ciel qui s’obscurcit durablement, des récoltes qui ne poussent pas, le froid qui s’installe sur un monde sans soleil. Les épidémies se propagent. C’est la peste de Justinien en Orient et la Peste Noire en Occident. Et surtout, la catastrophe s’inscrit dans la durée, pour une période de 7 à 15 ans ! Si l’impact de la catastrophe laisse un empire romain en ruine, sur les consciences, l’effet est encore plus dramatique. Tous croient quela fin du monde est arrivée et le monde entier se met à prier. Ainsi, les populations prient ardemmentpourque le soleil revienne dans le ciel, pour que les récoltes soient bonnes, bref, pour qu’elles soient sauvées ! Et si les hommes meurent, ils doivent prier davantage encore pour obtenir leur place au paradis, loin de cette terre de souffrance. Et si une catastrophe s’est ainsi abattue sur les hommes, c’est à cause de leurs pêchés ! Cette période de ferveur mystique va durablement s’installer car, après le cataclysme, les choses ne reviennent pas à la normale. Le temps reste froid et la peur s’est installée. La peur que le cataclysme ne revienne, que la fin du monde soit proche...

 

Rome post-impact

 « Des ruines sur des ruines » se désole le pape Grégoire. En effet, Rome a déjà été très touchée par les mises à sac successives des Wisigoths et des Ostrogoths. Plusieurs bâtiments sont à l’abandon et la population est moins importante depuis que Rome n’est plus la capitale de l’Empire. Ajoutons là-dessus un tremblement de terre et un raz-de-marée venu du Tibre et nous obtiendrons le triste spectacle que Grégoire avait devant les yeux : des ruines sur des ruines. Sans oublier l’épidémie de peste qui s’abat sur les survivants. Rome devait alors ressembler à une ville fantôme... Grégoire Ier, pape ou préteur urbain, de 590 à 604 ( 1343 à 1357 AUC ) est en charge de la ville après l’épidémie de peste, et organise la vie « post-impact ». Il établit un système juridique, veille à l’approvisionnement de la ville et à l’entretien des services vitaux. Les abris pour les pauvres, l’assistance aux malades sont assurés par les diacres. A la suite du cataclysme, Rome change de physionomie. Les églises et les monastères se multiplient en cette période de ferveur mystique et se construisent sur les anciennes domus des grandes familles. Le Panthéon est converti en église en 609 ( 1362 AUC ). Bref, la Rome antique a définitivement cessé d’exister...

 

Christianisme ancien ou moderne ?

 François de Sarre estime que le christianisme moderne s’est mis en place suite à cette catastrophe et non à partir de Constantin ou de Théodose. Que seul un cataclysme de cette ampleur pouvait permettre la mise en place d’une société uniquement basée sur la prière et sur la peur. Que le « sauveur » Jésus-Christ a été inventé par la papauté d’Avignon. En effet, les papes, ou pontifex maximus ( l’Empereur Gratien a abandonné ce titre en 382 ( 1135 AUC ) en vertu de mesures prises contre les religions anciennes ) quittent Rome et viennent s’installer à Avignon. En 1305 ( AD ), le pontife Clément V est couronné à Lyon, curieusement encore nommée capitale des Gaules et refuse de s’installer à Rome. A cause du cataclysme ou des invasions barbares ? Sans doute plutôt à cause des invasions barbares... Il ne nous semble pas que le christianisme catholique se soit mis en place après le cataclysme, car Théodose parle bien dans ses édits de notre religion moderne. Cependant, les termes de l’édit de Théodose pourraient être trompeurs. En effet, si catholicus signifie « universel » en latin, catholiciani est le nom donné aux agents impériaux dans les provinces selon le code Justinien ! Alors le doute peut subsister...

 

La Pâques chrétienne

 Si la fête la plus importante de l’Empire Romain était le 25 décembre, jour de la renaissance du soleil, une autre fête était tout aussi importante : celle de Pâques. L’origine de cette fête est aussi très lointaine. En effet, Pâques, avant le christianisme moderne, était le jour de la célébration de la déesse de la fertilité, Déméter chez les Romains. Cette fête symbolisait la résurrection de la vie, l’arrivée du printemps après l’hiver. Et ce jour était fixé selon les cycles lunaires. Selon notre christianisme moderne, c’est Denis le Petit, dans son livre le Liber de Paschate, qui rapporte que c’est le Concile de Nicée qui a fixé pour de bon le mode de calcul de la date de Pâques : « Pâques est célébrée le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après ». Le christianisme moderne, outre le fait qu’il cale la résurrection de Jésus-Christ sur la fête de Déméter, inclut les principales fêtes païennes dans sa doctrine : Jésus-Christ naît avec le cycle solaire et ressuscite au printemps...

 La fête de Pâques est-elle devenue la plus importante de l’année après le cataclysme ? En effet, nous pouvons nous poser la question, dans la mesure où le cataclysme s’est inscrit dans la durée, qu’il a voilé le soleil pendant 18 mois au minimum, et que les récoltes ont été mauvaises pendant prêt de sept ans. Or, pour toutes les populations frappées durement par un cataclysme, l’important est de pouvoir assurer le ravitaillement en eau et en nourriture. Si, avec de la chance, l’eau n’était pas polluée par les pluies rouges, les céréales, elles, ne poussaient pas. D’où la grande importance de prier la déesse de la fertilité pour obtenir de bonnes récoltes ou... Jésus-Christ pour qu’il ressuscite et sauve les hommes de leurs pêchés.

 Ainsi, il était très important pour l’Eglise catholique de pouvoir fixer correctement la date de Pâques, comme fête de la reprise normale du cycle des saisons après le cataclysme, ou fête de la résurrection de Jésus-Christ. Le livre fondateur du calcul de la Pâques moderne est donc le Liber de Paschate. Officiellement, il est daté de 525 après Jésus-Christ. Et c’est à partir de ce livre que toute notre chronologie moderne est établie.

 

Auguste ou l’an 0 de notre chronologie moderne

 Le Liber de Paschate se base sur les années dioclétiennes. En années depuis la fondation de Rome, Dioclétien arrive au pouvoir en 1038 ( 285 après Jésus-Christ ). Et les tables du calcul de la date de Pâques que Denis avait en sa possession s’arrêtaient 247 ans plus tard, soit en 1285 AUC ( ou 532 après Jésus-Christ ). Lorsque Denis invente l’ère chrétienne, on peut se demander pourquoi il ne l’a fait pas démarrer au Concile de Nicée ce qui aurait été assez logique puisque le Concile marquait le point de départ du christianisme moderne. Sans doute n’en connaissait-il pas la date... Alors, comment fait-il ? A-t-il cherché dans les archives de Rome les documents ou apparaissaient pour la première fois anno domini ? Pourquoi n’a-t-il pas abouti à l’an 726 ou 730, au début du règne ou de l’administration d’Auguste, véritable an 0 de notre ère moderne ? Est-ce parce qu’en 751 AUC Auguste a reçu du sénat le titre de « père de la Patrie » ?

 

La renaissance de Rome

 En 1377 anno domini, les papes quittent Avignon et Grégoire XI est de retour à Rome. Une remarque : en datation synchronisée, Grégoire Ier reste pontife à Rome jusqu’en 1357 AUC. Grégoire Ier et Grégoire XI peuvent-ils être la même personne ? Après une période d’errance, le pape Martin V s’installe définitivement à Rome en 1420 anno domini. Martin V découvre une ville... en ruine et lance une grande campagne de restauration des routes, des églises et des palais. En effet, la Rome du Moyen Âge aurait végété sur ses bâtiments antiques en ruine pendant près de... 900 ans !!! Martin V organisa même un jubilé en 1423 pour célébrer la renaissance de la ville !

 

L’invention du Moyen Âge

 Dans quel état se trouve Rome au retour des papes ? En 1430, Poggio Bracciolini escalade la colline du Campidoglio ( Le Capitole ) et ne voit autour de lui qu’une étendue de champs abandonnés. Il s’agissait du forum romain, désormais peuplé de cochons et où croissait librement la végétation. Bracciolini deviendra un an plus tard le secrétaire particulier du pape Eugène IV ( 1431-1447 ). Après lui, Flavio Biondo ( 1392-1463 ), secrétaire des papes Eugène IV, Nicolas V, Calixte III et Pie II, commença avec quelques autres à étudier l’architecture, la topographie et l’histoire de la Rome ancienne, soit en recherchant de la documentation chez les auteurs classiques, soit en explorant les vestiges. En 1459, il publie Les triomphes de Rome, histoire de la Rome païenne, érigée en modèle de gouvernement et d’organisation militaire. Le livre eut une grande influence et insuffla le patriotisme et le respect pour la Rome ancienne, tout en présentant la papauté comme la continuation de l’empire romain. Quant au terme « moyen âge », Flavio Biondio l’utilisa pour la première fois dans son livre Historiarum ab inclinatione Romanorum Imperii, Décades historiques depuis la fin de l’empire romain, sous l’expression « medium aevum ».

 

L’invention de l’ère romaine

 Et si plutôt que de parler de l’invention de l’ère chrétienne, il fallait surtout parler de l’invention de l’ère romaine ? Comment en est-on venu à séparer les ères Ab Urbe Condita et anno domini ? Est-ce à cause du Liber de Paschate de Denis le Petit ? De l’Histoire écclésiastique de Bède le Vénérable ? Nous remarquons que dans son livre, Denis le Petit ne cite pas une fois la date 753/754 du calendrier romain ! Et Bède le Vénérable ne relie jamais anno domini et ère chrétienne ! Alors, qui a fait l’erreur ? Est-ce le pape Martin V lorsqu’il lance le programme de restauration de Rome ? Un indice nous est donné par Iiro Kajanto dans son article « Dating in the Latin inscriptions of medieval and Renaissance Rome » : la datation « classique » à Rome, c’est-à-dire Ab urbe Condita, réapparaît, ou plutôt apparaît, à partir de 1430.

 Or, que se passe-t-il en 1430 à Rome ? Les premiers archéologues, qui sont aussi les secrétaires du pape, découvrent une Rome en ruine. En voyant la voyant la ville dans un tel état, ils ont du penser qu’elle était très âgée. C’était en partie vrai. Beaucoup des bâtiments qu’ils avaient devant les yeux devaient avoir plus de 500 ans. Comme Grégoire Ier, ils avaient devant les yeux « des ruines sur des ruines », mais désormais les ruines étaient recouvertes de végétation. Pour cette génération post-cataclysme, tout devait apparaître à leurs yeux comme si l’Empire romain avait disparu il y a 1 000 ans, et non pas 100 ans...

 Les secrétaires du pape, qui ont tenté de reconstruire l’histoire de la Rome antique, sont tombés pendant leur recherche sur d’anciens manuscrits avec des datations différentes : l’une apparaissait datée en Ab Urbe Condita et l’autre en anno domini. Pour eux, ils ne pouvaient s’agir de la même datation, l’Empire romain apparaissant beaucoup trop âgé pour eux. Et pour cause : la ville qu’ils avaient devant les yeux était âgée de plus de 1 200 ans. Ainsi, lorsqu’ils ont écrit leur histoire du Moyen Âge depuis la fin de l’Empire romain, ils ont involontairement séparé les dates Ab Urbe Condita et anno domini. Tout ce qui se rapportait à l’Empire Romain était daté selon les consuls ou les règnes de l’Empereur, et tout ce qui était anno domini se reportait à l’ère de Jésus-Christ. Et c’est à la suite de leurs observations et de leurs publications, et donc de leur erreur, que les érudits, hommes d’église et laïc confondus, ont tenté d’adapter l’Histoire à cette nouvelle chronologie.

 

Une accumulation d’indices

 Serions-nous donc en 2010 après la fondation de Rome ? Résumons les indices accumulés :

  • La Peste Noire et la Peste de Justinien se superposent presque parfaitement si nous superposons les calendriers romain et chrétien.
  • Il existe un décalage de 200 ans entre l’apparition officielle de la datation anno domini et son application.
  • Curieusement, c’est le moine Bède le Vénérable qui, du fin fond de son monastère anglais popularise l’ère dionysienne, et non la papauté à Rome.
  • D’autre part, Bède le Vénérable ne relie jamais anno domini et ère chrétienne.
  • Il est conventionnellement admis que les Romains n’utilisaient pas de calendrier des années, du moins jamais sous l’appellation Ab Urbe Condita.
  • L’année 730 du calendrier chrétien ne correspond à rien, mais l’année 730 du calendrier romain correspond bien au début de l’Empire romain d’Auguste.
  • Les Romains ne pouvaient dater correctement la fondation de Rome avant les travaux de Varron et de Tite-Live, par ailleurs les historiens officiels d’Auguste.
  • L’Empereur Septime Sévère se fait couramment appeler dominus noster à une époque où justement l’anno domini se répand, si nous superposons les calendriers romain et chrétien.
  • La datation Jesu Christi apparaît près de 450 ans minimum après l’invention de l’ère chrétienne par Denis le Petit, et près de 300 ans après l’apparition de la datation anno domini.
  • Les églises romanes conserveraient le culte de Constantin près de... 800 ans après sa mort.
  • Les croisades sont bien une aide à l’Empire romain d’Orient, toutes époques confondues.
  • Les pèlerinages, ou voyages, en Orient peuvent bien coïncider avec le déplacement de la capitale de l’Empire et de l’Empereur à Constantinople, si nous superposons les calendriers romain et chrétien.
  • Théodose lance les inquisitions et les hérésies. Il serait très étonnant que cette période dite de lutte contre le paganisme se soit étalée sur plus de... 1000 ans.
  • Rome, la capitale de l’Empire, aurait végété sur elle-même pendant près de... 900 ans.
  • Denis le Petit se réfère aux anno diocletiani pour calculer son anno domini, et jamais à l’ère romaine.
  • L’ère romaine Ab Urbe Condita apparaît en 1430 suite aux recherches du pape Martin V et de ses secrétaires-archéologues.
  • Ce sont ces mêmes secrétaires-archéologues des papes romains qui inventent le Moyen Âge.

 

 Aussi incroyable que cela puisse paraître, il nous faut désormais envisager la possibilité qu’il existe bel et bien une énorme erreur d’interprétation dans la datation et qu’anno domini se rapporte en fait l’ère romaine. L’ère Ab Urbe Condita et anno domini seraient donc les mêmes. Nous aurions donc 753 ans en trop dans notre calendrier et nous serions donc bien en 2010 après la fondation de Rome et 1280 ans après la fondation de l’Empire romain par Auguste ! Nous vivrions donc en 2010 après Romulus et dans l’Empire romain du XXIème siècle...

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> Sommes-nous en 2010 après la fondation de Rome ?
23 octobre 2013   [retour au début des forums]

Bon article mais où sont les sources ? Sans les références ^précises impossible de vérifier ces affirmations et certaines, si elles sont très intéressantes, mériteraient d’être étudiées plus attentivement. Par exemple sur Chrestus, comment affirmer qu’il ait existé sur la base d’une ligne de Suétone très vague et sans confronter les autres témoignages contemporains plus précis sur les persécutions de chrétiens (termes dévalorisant alors)qui se faisaient tuer au nom de leur messie ? Pline le jeune, Tacite ou Lucien de Samosate font mention du christ, sans donner son nom de Jésus, mais avec une grande précision quant au dogme, ce qui est totalement absent chez Suétone. Ou encore, la lettre de Mara Bar seerapion ou les commentaires insultants du Talmud de Babylone ? Les sources, toujours les sources ! Et elles sont concordantes sur Jésus et non sur le fameux Chrestus de Suétone. Sinon, il me paraît effectivement probable que plusieurs siècles aient été ajoutés et inventés de toutes pièces. La réponse est dans les chevaliers de la table ronde. De l’ancêtre mythique Énée en passant par Rome jusqu’à Arthur, on a l’impression que quelques siècles seulement se sont écoulés avant qu’il ne parte en quête du Graal ce qui suggère que l’empire romain et le Christ sont quasi- concomitants. Et que ces épisodes d’Arthur sont reconnus comme pures fictions et d’ailleurs se déroulent dans le même temps que le fameux Clovis qu’on cherche toujours !

> Sommes-nous en 2010 après la fondation de Rome ?
1er décembre 2010, par Bradley   [retour au début des forums]
Captivante cette histoire revisitée !

Et que donnent les datations au carbone 14 ?

Mon ignorance en histoire est totale mais l’article est fort bien écrit, ce qui dénote le sérieux de son auteur.

D’un point de vue pratique, quelles conséquences cela aurait-il, si ce n’est que le progrès scientifique et technologique se serait fait plus rapidement ?

Le degré de désagrégation des matériaux constituant les vestiges tels que le Parthénon est-il compatible avec ce décalage ?

Il doit, en tout cas exister des moyens physiques de valider ou d’invalider cette thèse de manière formelle.

> Sommes-nous en 2010 après la fondation de Rome ?
6 juin 2010, par Jean-Claude Flornoy   [retour au début des forums]

Bonjour Madame,

J’ai lu et relu votre article avec beaucoup d’intérêt et souhaite vous féliciter pour la clarté que vous avez introduit dans ce difficile débat.

De mon coté, en tant qu’historien du tarot et du compagnonnage, j’étais resté pendant près de vingt ans avec une interrogation lancinante sur leurs origines. Ma réponse était : "l’ancienne religion", et un vague à l’âme me restait sur le coeur avec une impossibilité de faire la saut quantique que vous m’avez enfin permis.

Je vais donc réécrire un dossier sur la question en prenant en compte votre travail et, pour la version anglaise de mon site, aimerai savoir si vous disposez d’une traduction acceptable.

Encore une fois toutes mes félicitations et remerciements pour m’avoir ouvert la porte de cette hallucinante révélation.

JC Flornoy http://letarot.com



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(3/3) 6 juin 2010, par Jean-Claude Flornoy
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