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BIPEDIA 5.1
ESSAI SUR LE STATUT PHYLOGENIQUE DES HOMINOÏDES FOSSILES ET RECENTS :
LE POINT DE VUE DE LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE ( 1ÈRE PARTIE )

Première publication : septembre 1990, mise en ligne : mardi 24 juin 2003, François de Sarre


INTRODUCTION

 Il est apparu intéressant ici de faire un parallèle entre les Hominoïdes non-sapiens anciens, connus à l’état de fossiles, et ceux toujours vivants, méconnus, voire totalement ignorés de l’Anthropologie ’classique’, qui sont sans doute encore disséminés aujourd’hui en quelques points du globe, dans des massifs montagneux boisés ou à l’intérieur de grandes forêts inexplorées.
 En 1952, le zoologue Bernard HEUVELMANS a été le premier à faire le rapprochement entre le Yéti népalais ( qu’il décrivit un peu plus tard, en 1958, sous le nom scientifique de Dinanthropoïdes nivalis ) et le Gigantopithèque fossile, qui vivait déjà voici près de 10 millions d’années, mais dont on a découvert au Vietnam des restes montrant que l’espèce a pu survivre jusqu’à une période relativement récente ( 400.000 ans ). Il était alors tentant de penser que le Gigantopithèque ne s’était pas éteint, mais qu’il s’était réfugié vers les sommets, dans l’Himalaya, où il pourrait encore survivre sous les traits du Yéti.
 Le Sasquatch ( ou ’Bigfoot’ ) américain a été désigné aussi comme le descendant possible d’un Gigantopithèque du Plio-Pléistocène ( HEUVELMANS 1986, KRANTZ 1987 ).
 Un autre auteur, Ivan SANDERSON, avait tenté dès 1961 de mettre en place et d’intégrer les divers Hominoïdes ’reliques’ dans un vaste tableau représentant l’arbre généalogique de l’Homme, avec tous ses ancêtres supposés, ainsi que les Pongidés récents ou fossiles. Cette étude, digne de mérite, apparaissait cependant comme une tentative quelque peu ’forcée’ de faire coïncider les documents fossiles et la représentation que nous avons, grâce aux divers rapports de témoins oculaires, de l’aspect physique des Hominoïdes Sauvages et Velus qui vivent apparemment de nos jours en différents points de la planète.
 Mon opinion personnelle, que je vais développer tout au long de cet article [ en 2 parties ], est qu’il paraît nécessaire, dans le cadre d’une étude rationnelle sur les relations susceptibles d’exister entre les Hominoïdes fossiles et les formes récentes à aspect semblable, de se démarquer de la tendance prédominante en Anthropologie, qui consiste à faire descendre systématiquement une espèce plus jeune d’une autre, géologiquement plus ancienne. La ’continuité’ peut n’être qu’apparente ! Et dans ce cas, la ressemblance résulterait d’une convergence des formes.

 La théorie de la bipédie initiale admet l’émergence successive [ et espacée dans le temps ] de créatures hominoïdes diverses, par bifurcation à partir de la lignée humaine ancestrale [ à partir du ’stock’ humain de type sapiens ]. Ces formes, adaptées à des environnements similaires, peuvent se ressembler morphologiquement et anatomiquement. Elles sont, si l’on veut ’cousines’, mais ne procèdent nullement par filiation l’une de l’autre, comme on a peut-être trop tendance à penser.
 Ainsi, même la tentative, très louable en soi, d’un chercheur de terrain comme l’anthropologue américain Grover S. KRANTZ, de vouloir expliquer la présence actuelle du Sasquatch en le replaçant dans la continuité évolutive du Gigantopithèque, me paraît tenir du même état d’esprit que les considérations passées - et vite dépassées - des paléontologues du siècle passé qui faisaient provenir, sur la base de simples ressemblances, le Gorille d’un Singe du Tertiaire comme le Proconsul major, et le Chimpanzé du Proconsul africanus...

 La théorie de la bipédie initiale me paraît, à ce point de vue, un excellent outil de travail. Pour cela, partons sans préjugés de l’évidence biologique que l’Homme sous sa forme actuelle ( Homo sapiens ), loin d’être d’apparition récente [ dans les 200.000 ans, vous diront maintenant la plupart des spécialistes, alors qu’il n’y a guère on s’accordait plutôt sur 35.000 ans et quelques... ], représente un morphotype ancien : en fait, c’est l’Homo sapiens qui est resté le plus proche de l’archétype des Primates !
 Au fur et à mesure, des créatures nouvelles [ australopithèques, grands singes, singes à queue ], morphologiquement assez voisines [ surtout si elles vivent dans un même environnement : celui de la forêt tropicale ], ont pu apparaître par déshominisation progressive à des périodes différentes, en divergeant anatomiquement de l’Homme dont elles sont issues. Ainsi, le Sasquatch [ décrit en 1986 par KRANTZ sous le nom de Gigantanthropus canadiensis à partir d’une étude sur les empreintes ] a-t-il pu naître sur le continent américain à une époque relativement récente [ géologiquement parlant ]. Il ne présenterait ainsi que quelques traits de convergence avec le Gigantopithecus blacki, dont KRANTZ a étudié les restes fossiles. Mais le Sasquatch n’en serait pas l’aboutissement évolutif à notre époque présente.

 Dans cette première partie d’article [ la seconde partie paraissant dans BIPEDIA-7 ], nous allons passer en revue quelques Singes anthropomorphes fossiles et récents, ainsi que les fameux Australopithèques. Puis la seconde partie sera consacrée au problème des Hommes Sauvages et Velus, des Néanderthaliens et des Pithécanthropes. Nous comparerons ainsi les formes anciennes et les formes possiblement actuelles.
 Dans l’ensemble de sa démonstration, l’auteur voudrait partir d’un fait établi : à savoir qu’une espèce d’Homme existe sur Terre ( c’est nous, l’Homo sapiens ) et qu’elle cohabite avec des Primates arboricoles ( c’est-à-dire, les Singes, répartis en plusieurs groupes ) dont certains, les Anthropomorphes, sont restés très proches anatomiquement et génétiquement de l’Homme. Les cryptozoologues et hominologues rajoutent à ce tableau les Hominidés bipèdes non-sapiens [ nous avons mentionné le Sasquatch ] et des Grands Singes anthropomorphes ( comme le Yéti ), non répertoriés dans les manuels de Zoologie, mais souvent déjà décrits de manière scientifique. Le fait établi, évoqué quelques lignes plus haut, est illustré par la grande diversité actuelle des Primates, allant de l’Homme à bipédie érigée et à gros cerveau, jusqu’aux Lémuriens et Tupaiidés, qui sont quadrupèdes et ont acquis un crâne allongé, avec le ’museau’ typique de la plupart des mammifères... Entre l’Homme et les Grands Singes sans queue s’intercaleraient logiquement, en quelque sorte, les formes ’hominiennes’ que j’appellerai : hyperanthropoïdes et australopithécoïdes.
 L’auteur part du modèle de la faune présente pour extrapoler dans ce sens qu’une situation semblable caractérisait aussi les époques géologiques passées, depuis qu’il y a de grandes forêts sur Terre où des simiens peuvent se déshominiser en adoptant des habitudes alimentaires et locomotrices nouvelles !

 Certes, des restes humains ( ou les traces de l’activité de l’Homme, Homo sapiens ) n’ont pas été retrouvés [ ou n’ont pas été reconnus comme tels ] dans les strates sédimentaires anciennes où l’on a déjà découvert les restes d’Hominoïdes simiens. C’est, bien sûr, imputable aux lacunes de la Paléontologie, qui demeure une science de l’exception !
 La Paléontologie donne néanmoins des indications fort utiles. Ainsi, les Australopithèques de l’Afar [ ou bien des variétés voisines ] ont été fréquents en des lieux et à des époques données : ces périodes de multiplication des formes australopithécoïdes correspondent vraisemblablement à des phases cycliques de régression de l’espèce humaine proprement dite.
 En tout cas, quelle que soit l’époque géologique concernée ( aussi loin que les fossiles d’Hominoïdes nous permettent de remonter, voire au-delà ), il y a bien dû y avoir cohabitation, donc existence simultanée, de tous les types possibles de Primates, au sein desquels : des bipèdes de type sapiens, des Hyperanthropoïdes et des Australopithécoïde, ces derniers étant issues par déshominisation de la souche humaine... Les hominiens vont profiter périodiquement, en quelque sorte, des régressions et avatars de l’espèce humaine [ quelle qu’en fussent les causes ] pour se multiplier et pour repeupler de vastes zones de la planète ! A ces occasions, il peut y avoir également l’émergence de formes déshominisées nouvelles, par spécialisation et spéciation. Cela va contribuer à augmenter de façon conséquente la probabilité pour nos paléontologues ( ! ) de retrouver leurs restes fossilisés, en des endroits comme la fameuse Rift Valley...

 

LES SINGES ANTHROPOMORPHES

 Ce sont les Gibbons, Siamangs, Orang-Outans, Gorilles et Chimpanzés, en ce qui concerne les formes connues actuelles. On y adjoint différentes lignées de Singes fossiles du Tertiaire, les plus anciens parmi eux paraissant être Aegyptopithecus et Oligopithecus, avec près de 35 millions d’années. D’autres singes, comme Propliopithecus, Proconsul, Dryopithecus et Ramapithecus ont été retrouvés dans des sédiments plus récents.

 Tous présentent, en plus de traits simiens généraux - et de ceux spécifiques à leurs lignées -, d’indiscutables caractères anatomiques humains, préservés chaque fois de façon un peu différente... La théorie de la bipédie initiale apporte ainsi une réponse censée concernant l’émergence successive de ces lignées de simiens anthropomorphes en postulant qu’ils procèdent par déshominisation de la souche Homo originelle !
 Le même phénomène évolutif s’est d’ailleurs reproduit tout récemment [ géologiquement parlant ], voici quelques millions d’années à peine, dans le cas des Gorilles et des Chimpanzés contemporains.
 Une forme fossile, Oreopithecus bambolii, menait, voici près de 10 millions d’années, dans les forêts d’Europe, une vie analogue à celle des Gibbons contemporains. L’Oréopithèque, grand comme un chimpanzé, était particulièrement riche en caractères humains, au point qu’un paléontologue suisse, le Dr J. HÜRZELER, a été enclin de le considérer comme un Hominidé [ fort raccourcissement de la face, prémolaires molarisées comme chez l’Homme, bassin large et court, pas très simien d’aspect ]. Le grand problème pour les paléontologues est que l’Oréopithèque possèdait des bras immenses de brachiateurs [ il se déplaçait dans les arbres en se suspendant de branche à branche ]. Cette structure composite ( en fait, un véritable paradoxe phylétique pour les tenants d’une évolution allant du simien vers l’humain ) s’explique merveilleusement si l’on s’en réfère à un bipédisme initial des Primates.
 Le phénomène évolutif de la déshominisation se traduit, comme le note B. HEUVELMANS ( 1974 ), par des transformations adaptatives au niveau du squelette, crânien en particulier, et par une perte de conscience de l’identité humaine. Quel qu’en soit le facteur déclencheur, c’est l’évolution vers un stade anatomique que l’on se doit de qualifier d’ultra-humain, c’est-à-dire qu’il se situe au-delà du point d’achèvement anatomique de la forme humaine ( morphotype ). Il y a, bien sûr, une régression du psychisme.

 A partir de la lignée originelle bipède à tête ronde de type Homo, dont nous procédons par filiation directe ( et dont nous avons hérité les principales caractéristiques physiques et mentales ), se sont également développés par déshominisation, au cours des périodes géologiques passées, de nombreux rameaux collatéraux. Beaucoup de ces Primates n’ont eu qu’une existence très éphémère et ont disparu sans laisser de traces fossiles ni de descendance jusqu’à notre époque contemporaine. Les formes fossiles connues représentent autant d’espèces déshominisées, qui ne sont pas pour autant apparentées entre elles, sinon par leur origine commune à partir de la souche Homo originelle ! Les morphologies voisines de bien des singes résultent d’un phénomène de convergence. C’est ainsi que Chimpanzés et Gorilles se ’’ressemblent’’... !
 Les Grands Singes africains actuels ont divergé de l’homme voici sans doute moins de 5 millions d’années. Cela ressort de nombreuses études contemporaines [ citées dans SARRE 1989 ] que Chimpanzés et Gorilles ont bifurqué à des dates séparées de la lignée commune ancestrale, et que le chimpanzé est plus proche de l’homme que le gorille, à l’apparence pourtant voisine !
 En fait, ce qui distingue génétiquement le chimpanzé de l’homme, c’est que le chromosome 13 du premier possède un bon morceau de matériel génétique en plus ( 1% du génome total ), et que le chromosome 2 de l’homme s’est scindé en deux chez le grand singe africain. Tous ces traits évolués du Chimpanzé sont en relation directe avec l’adoption secondaire de la démarche quadrupède chez ce dernier, liée à la pratique de l’arboricolisme. Bref, un chimpanzé sait faire un tas de choses que l’homme ne sait pas faire !
 Les chimpanzés seraient-ils aussi les descendants en ligne directe de l’Australopithèque des Afars ? Cette hypothèse est, pour le moins, séduisante, et expliquerait pourquoi on ne trouve pas, en Afrique, d’ossements fossiles de ’ pré-chimpanzés ’... Mon point de vue serait néanmoins de généraliser cette assertion, en postulant par exemple que le Chimpanzé procède bien de formes australopithécoïdes, sans doute contemporaines de l’Australopithecus afarensis, mais que ce dernier a pu aussi s’éteindre dans son environnement de savane, sans pour autant poursuivre son évolution amorcée vers le singe arboricole. Tous les cas de figure peuvent ici être envisagés, sauf, bien sûr, celui qui prétendrait situer les Australopithèques dans l’ascendance de l’homme moderne !
 Pour en revenir au phénomène évolutif de déshominisation, je conçois qu’un premier stade [ correspondant, par exemple, à l’état anatomique d’un néandertalien paléanthrope ] puisse développer des caractères ( projection de la face et des mâchoires vers l’avant, perte progressive de la rondeur originelle du crâne ) qui vont peu à peu modifier l’architecture du squelette tout entier. Ces individus peuvent être appelés hyperanthropoïdes [ c’est-à-dire, évoluant au-delà de l’homme ]. Des stades intermédiaires, ressemblant par exemple à l’ "Homo" habilis, mènent ensuite vers des formes australopithécoïdes, capables elles-mêmes d’évoluer vers l’état pithécoïde [ avec perte progressive d’une bipédie vraiment fonctionnelle ]. L’adaptation à l’arboricolisme se poursuit, pour peu qu’il y ait retrait définitif dans la forêt. Mais d’autres options évolutives demeurent toujours possibles : elles furent à l’origine de nombreuses autres lignées d’animaux mammaliens !
 Des Grands Singes fossiles ou récents, comme Gigantopithecus, Ouranopithecus ( dont on vient de retrouver une face presque complète en Grèce ), le ’Yéti ’ ( Dinanthropoïdes nivalis ) ou l’Ameranthropoïdes loysi, sont à replacer dans un tel contexte évolutif. Le ’Yéti ’, auquel fut consacré une étude magistrale dans le précédent numéro de Bipedia ( GRISON 1990 ), serait ainsi un Grand Singe anthropomorphe vivant essentiellement dans les forêts quasi impénétrables de l’Himalaya, situées dans la zone 3000-4000 m, et contrairement à la réputation qui lui a été faite ( ’abominable homme-des-neiges’ ), il ne s’aventure guère sur les champs de neige que pour se rendre d’une vallée à l’autre. Les liens de parenté qui unissent le ’Yéti ’ aux deux espèces connues de Gigantopithèques ( G. blacki et G. bilaspurensis ), à l’Ouranopithèque grec ou au Sivapithèque indien [ et, par ce biais, sans doute à l’Orang-Outan ] paraissent indiscutables. Le ’Yéti ’ peut s’être aussi développé in loco dans les grandes forêts d’altitude himalayennes, et ce dans un passé relativement récent [la comparaison de sa morphologie avec celle du Gorille, et son aptitude résiduelle à une bipédie plus marquée que celle du Grand Singe africain, permettent d’évoquer une date de séparation plus récente : 2-3 millions d’années ]. C’est tout du moins l’alternative théorique que je présente ici.
 LAmeranthropoïdes loysi, quant à lui, est connue par une photographie qui a été prise en 1917 au Vénézuela par le géologue suisse François de LOYS. Ce singe, anthropomorphe d’aspect, grand d’environ 1,5 m, a été désigné par ses détracteurs comme un vulgaire Atèle, auquel on aurait dissimulé la longue queue sur la photo... Les similitudes entre le squelette des Platyrhiniens et celui de l’homme ont souvent été reconnues troublantes par maints auteurs, dont le primatologue bien connu A.H. SCHULTZ. La théorie de la bipédie initiale permet d’expliquer la maintenance de tant de caractères humains chez des Singes du Nouveau Monde... caractères qui ne sont pas toujours présents chez les Catarhiniens. On devine aisément pourquoi un singe américain d’allure anthropomorphe comme l’Améranthropoïde dérange. Comme l’écrit le Dr HEUVELMANS ( 1954 ) dans son fameux livre Sur la Piste des Bêtes Ignorées ( tome 2, p. 104 ) : "L’entêtement avec lequel certains naturalistes se refusent à entériner l’existence de l’Améranthropoïde traduit chez eux une peur inconsciente : celle de devoir réviser de fond en comble l’édifice sclérosé de leurs conceptions".

 

LES AUSTRALOPITHECOÏDES

 Au début du XX° siècle, l’attention des paléoanthropologues s’était plutôt portée vers l’Asie, où l’on avait exhumé les restes de l’Homme de Pékin, consécutivement à ceux de l’Homme de Java. Aussi, les Singes austraux ( ou Australopithèques ) mirent-ils quelque temps à s’imposer aux yeux des chercheurs. Depuis, on s’est habitué à l’idée que le Continent noir avait été le berceau de l’Humanité [ si l’on s’en réfère aux conceptions courantes ! ].
 Les Australopithèques sont des formes restées plutôt bipèdes, à cerveau assez bien développé ( 500 cm3 environ ), compte tenu de leur petite taille habituelle ( 1 m à 1,5 m ). Si, dans l’ensemble, leur dentition est humaine et indique un régime omnivore, certains australopithèques tardifs [ ce qui ne veut pas dire que d’autres, auparavant, n’aient déjà présenté les mêmes traits ! ] montrent une adaptation très nette à une alimentation coriace composée de racines, de bulbes et de tubercules. Les Australopithèques possèdent souvent en commun avec les Panidés une tendance nette vers un dimorphisme sexuel marqué [ présence de crêtes sagittales chez les mâles ].
 Les théories communément élaborées à partir de l’échantillonnage actuel des fossiles d’Hominoïdes en provenance d’Afrique orientale pèchent toutes par le même désir de vouloir assigner à ces formes, soit le statut d’ancêtres directs de l’homme, soit celui de collatéraux à morphologie relativement voisine de l’ancêtre commun supposé... Les nombreuses contradictions qui surgissent de tels hypothétiques modèles provoquent de façon évidente un désarroi grandissant chez les scientifiques spécialisés dans la recherche des origines de l’homme. Ainsi, ’Lucy’ ( Al. 288 ), l’Australopithecus afarensis de 3 millions d’années, apparaît de plus en plus comme une créature ’composite’. Si son crâne était simien d’aspect, il était néanmoins nettement plus arrondi que les premières reconstitutions de Don JOHANSON le laissaient supposer. Si elle utilisait habituellement la locomotion bipède pour progresser, elle grimpait facilement aux arbres grâce à ses genoux aux attaches souples et à son articulation omoplate-humérus nettement articulée vers le haut. Les phalanges des mains et des pieds étaient courbes comme celles de singes arboricoles, et le gros orteil était pratiquement en opposition avec les autres orteils. On se demande finalement comment l’Australopithèque des Afars a fait pour ’acquérir’ une bipédie fonctionnelle... C’est bien là plutôt une preuve que cette disposition locomotrice de la bipédie était déjà en place, dès l’origine de la lignée des Australopithèques, et rendue possible par l’architecture squelettique toute entière, ainsi que par les performances motrices du cerveau.
 Ce qui est le plus choquant pour les partisans inconditionnels d’une évolution ’allant du singe à l’homme’, c’est que ’Lucy’ avait toujours un bassin de type plutôt humain, et surtout qu’elle accouchait comme une femme d’aujourd’hui ( BERGE et al. 1984 ), c’est-à-dire aussi avec tous les risques que cela comportait pour mère et petit ! Dans l’optique classique, qui fait descendre le pré-australopithèque de l’arbre pour lui faire arpenter, à peine redressé sur 2 jambes, la savane... on se serait plutôt attendu à ce que le bassin de ’Lucy’, ou tout au moins son excavation pelvienne, fut à peu près du même type que celui d’un Grand Singe actuel !
 Le caractère d’une bipédie, non pas ’en cours d’acquisition’, mais plutôt ’ancienne’, doit en effet être associé à un bassin de type australopithécien. Sans être tout à fait semblable à ce lui d’une femme, le bassin de ’Lucy’ montre incontestablement la même structure liée à la station verticale et à une pratique ancienne de la bipédie, au sein de la lignée. Le nouveau-né d’australopithèque était contraint lors de la partirution, comme un bébé humain, de passer obliquement à travers les parois pelviennes maternelles afin de mettre le plus petit diamètre de la tête fœtale en rapport avec le plus grand diamètre du bassin [ pour cela, flexion et rotation de la tête du nouveau-né sont nécessaires ]. Les petits australopithèques ont ainsi dû venir au monde avec des têtes plus grosses que communément admis avant l’étude du bassin de ’Lucy’ ou de celui reconstitué à partir d’éléments fossiles trouvés à Sterkfontein [ STS 14, espèce africanus ]. Cela rappelle les travaux du professeur en obstétrique hollandais Klaas de SNOO ( 1937, 1942 ), pour lequel le mode de parturition humain a permis et favorisé le maintien d’un bipédisme initial tout au long de l’histoire évolutive de l’homme, en liaison avec le caractère également originel du gros cerveau.
 Cette disposition du bassin de type bipède chez les Australopithèques, associée à d’autres traits anatomiques dénotant une tendance évolutive acquise vers le quadrupédisme... constitue l’une des meilleures preuves, s’il s’en faut, que les Australopithèques ont jadis procédé d’humains véritables ! Il n’est pas étonnant, non plus, de constater que les espèces A. afarensis et A. africanus, dites ’graciles’ se rapprochent plus de l’homme, alors qu’A. robustus présente notamment un élargissement de l’aile iliaque, spécialisation qui rappelle ce qu’on observe chez les Grands Singes.
 D’un point de vue phylogénétique, reflétant l’évolution au sein même du groupe des australopithèques, il est possible, mais non certain, que les différentes formes connues d’australopithèques ont dérivé les unes des autres, l’australopithèque robuste représentant une ultime étape vers le Singe anthropomorphe. Mais compte tenu des longues périodes de temps prises en considération et de l’état fragmentaire de notre connaissance des fossiles d’hominiens de type australopithécoïde, il paraît plus logique d’affirmer qu’il y a eu émergence consécutive, en Afrique ou ailleurs, de nombreuses lignées de type australopithécoïde à partir de la souche humaine, avec dans chacun des cas une évolution séparée possible vers le type simien quadrupède et arboricole. Ainsi, les ressemblances constatées entre les différentes espèces connues ( A. afarensis représentant déjà un amalgame fort hétéroclite ) résulteraient plutôt de convergences de formes, par adaptation à un environnement similaire ( celui de la savane boisée ).
 L’Afrique héberge sans doute encore, au Zaïre ou au Kenya ( HEUVELMANS 1980, ROUMEGUERE-EBERHARDT 1990 ), à l’intérieur de ses grandes forêts ou à la lisière de celles-ci, divers primates de type australopithécien. La survivance jusqu’à nos jours de telles formes ( qui peuvent procéder par filiation directe des australopithèques anciens, mais sont vraisemblablement d’émergence plus récente ) n’aurait en fait rien d’extraordinaire. Ainsi, le paléontologue français Yves COPPENS a découvert en 1960 à Koro-Toro au Tchad la partie faciale d’un petit crâne australopithécoïde aux mâchoires assez proéminentes qu’il décrivit sous le nom de Tchadanthropus uxoris. On lui accordait alors un âge de 600.000 ans, mais ce chiffre a été très sensiblement révisé à la baisse ( 8.000 ans ) !

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

 Dans le numéro 7 ( sept. 1991 ) de BIPEDIA, nous aborderons le vaste sujet des hominiens fossiles ou contemporains, anatomiquement très voisins de l’homme, et reviendrons, bien sûr, sur le phénomène évolutif de la déshominisation.
 De cette première partie, nous retiendrons aujourd’hui l’idée de base que la situation faunique actuelle des Primates ( y incluant l’homme et la diversité des formes contemporaines répertoriées dans le cadre de la recherche cryptozoologique ) correspond à un état qui a toujours prévalu au cours des derniers millions d’années écoulées [ pour se limiter à la période pour laquelle nous possédons le plus grand nombre de fossiles de référence ].
 Ainsi ont cohabité et cohabitent peut-être encore : la forme Homo ( type de l’homme moderne à bipédie parfaite et crâne arrondi ), divers hyperanthropoïdes en voie de déshominisation, des australopithécoïdes en transition vers la quadrupédie, ainsi que des anthropomorphes quadrupèdes ( à bipédie résiduelle ) de type simien, ou à option évolutive non axée sur l’arboricolisme... Cette liste se complète, bien évidemment, par la foison des autres formes mammaliennes ou post-mammaliennes.

 

BIBLIOGRAPHIE

  • BERGE, C. et al. (1984) : Obstetrical Interpretation of the Australopithecine Pelvic Cavity. Journ. of Hum. Evol., 13 : 573-587.
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  • HEUVELMANS, B. (1954) : Sur la Piste des Bêtes Ignorées. Tome 2, Plon, Paris.
  • HEUVELMANS, B. (1958) : Oui, l’Homme-des-Neiges existe. Sciences et Avenir, 134, Paris.
  • HEUVELMANS, B. (1980) : Les Bêtes Humaines d’Afrique. Plon, Paris.
  • HEUVELMANS, B. (1986) : Annotated Checklist of Apparently Unknown Animals with which Crypotzoology is concerned. Cryptozoology, 5 : 1-26, Tucson.
  • HEUVELMANS, B. & B. PORCHNEV (1974) : L’Homme de Néanderthal est toujours vivant. Plon, Paris.
  • KRANTZ, G.S. (1986) : A Species Named from Footprints. Northwest. Anthropol. Research Notes, 19 : 93-99.
  • KRANTZ, G.S. (1987) : A Reconstruction of the Skull of Gigantopithecus blacki and its comparison with a living form. Cryptozoology, 6 : 24-39.
  • ROUMEGUERE-EBERHARDT, J. (1990) : Dossier X : Les Hominidés non identifiés d’Afrique. Robert Lafont, Paris.
  • SANDERSON, I. (1961) : Abominable Snowmen : Legend Come to Life. Chilton, Philadelphia.
  • SARRE de, F. (1989) : Nouvelles données sur l’homme préhistorique et l’évolution des Hominidés depuis le Pliocène. Bipedia, 2 : 11-18, Nice.
  • SNOO de, K. (1937) : Der Ursprung der Säugetiere und die Menschwerdung. Zeitschr. f. Rassenkunde, 5 : 42-69, Stuttgart.
  • SNOO de, K. (1942) : Das Problem der Menschwerdung. Gustav Fischer, Jena.

 Cet exposé a été écrit en 1990. Depuis cette date, de nombreuses découvertes d’australopithécoïdes se sont succédées, tant en Afrique orientale et méridionale qu’au Tchad. Au sujet de l’Ameranthropoides loysi, évoqué à la fin du paragraphe des Singes Anthropomorphes, il est intéressant de se reporter à l’étude de Michel Raynal :
http://www.interciencia.org/v24_04/viloria.pdf
ou à son article paru dans la "La Gazette Fortéenne" ( tome 1, 2002 ).

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AUTEUR :
-François de Sarre
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