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BIPEDIA 10.2
LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,
DES PYRENEES AU PAKISTAN

Première publication : juin 1993, mise en ligne : vendredi 27 juin 2003, Michel Raynal


La chasse à l’almasty du Caucase

 Le problème des "Hommes Sauvages" a connu en France un regain d’intérêt ces derniers mois : à la suite de la publication de deux articles de Marie-Jeanne Koffmann dans le mensuel Archéologia ( KOFFMANN 1991, 1992 ), une expédition franco-russe est partie à la recherche de l’almasty, l’Homme Sauvage du Caucase.

 Hélas, préparée à la va-vite par un reporter dont les compétences zoologiques, anthropologiques et cryptozoologiques sont discutables ( on lui doit essentiellement un film sur une vedette de rock ! ), cette expédition était d’avance vouée à l’échec.

 Le film de Sylvain Pallix, diffusé le 13 février sur France 3 dans l’émission Montagne, rapporte des témoignages intéressants, mais seulement par bribes. Il a bien photographié des empreintes de pied de 35 cm de long, de qualité très médiocre ( Anonyme 1993 ). Mais l’indice du pied [ ( largeur du pied X 100 ) / longueur du pied ] n’est que de 40, identique à celui de l’homme moderne : longues et étroites, ces empreintes ne ressemblent en rien à celles attribuées aux divers Hommes Sauvages néanderthaliens ; ces dernières sont très larges ( indice du pied de l’ordre de 50 à 55 ), comme celles relevées sur une piste d’almasty en mars 1978 par Marie-Jeanne Koffmann elle-même. Plus grave encore, M.J. Koffmann pense que les "empreintes" étaient simplement celles d’un galet, et qu’elles ont été retouchées après coup par Sylvain Pallix pour étoffer son film !

 Une autre série de 6 empreintes, montrée dans le film, me laisse très perplexe. Leur longueur, de quelque 23 cm, est trop grande pour la taille de la créature donnée par le témoin ( à hauteur de poitrine, soit quelque 1,20 m ) ; il y a en effet une proportion constante : taille = longueur du pied x 7. Ici encore, le témoin n’avait vu que des traces, selon M.J. Koffmann, mais Sylvain Pallix a suscité un pseudo témoignage moyennant paiement ( quand on sait la misère qui règne dans l’ex-URSS... ) ! L’indice du pied, d’après les mesures que j’ai effectuées sur l’image magnétoscopée, est de l’ordre de 35. Les traces sont assez écartées de l’axe de la piste et font un "angle de pas" ( le gait angle ) avec celle-ci - tout le contraire en fait, de l’almasty et du barmanu : les témoins affirment qu’ils marchent avec "les pieds en dedans", ou plus exactement en posant les pieds presque l’un devant l’autre, comme un funambule ( la piste relevée en mars 1978 par Marie-Jeanne Koffmann confirme cette démarche, qui semble être plus économe d’énergie en termes de biomécanique ( KOFFMANN, communication personnelle ). Enfin, la présence d’une nette voûte plantaire n’est pas logique : on s’attend à ce que des créatures bipèdes aussi massives aient plutôt les pieds plats, pour des raisons de biomécanique.

 

Le bar-manu du Nord-Pakistan

 L’aspect positif du battage médiatique fait sur cette expédition, a incité un jeune naturaliste du Muséum d’origine espagnole, Jordi Magraner, à faire état de ses recherches de terrain sur le bar-manu, l’Homme Sauvage du district de Chitral, dans le nord du Pakistan ( MAGRANER 1991, 1992 ; ROUSSELET-BLANC, 1992 ).

 Jordi Magraner a utilisé un protocole d’investigation d’une rigueur extrême ( MAGRANER 1991, 1992 ), qui surpasse tout ce qui a pu être fait en la matière à ce jour :

  1. il a appris la langue locale ( le chitrali ).

  2. il a recueilli les témoignages sans influencer l’informateur ( au total 27 témoignages ).

  3. il utilisait un questionnaire à choix multiple portant sur 63 critères anatomiques : les 53 critères définis par Heuvelmans sur l’homme congelé, plus 10 autres ajoutés par Jordi Magraner. Les questions sont donc neutres ; par exemple : "les membres supérieurs sont-ils longs ou courts ?" [ caractère n° 35 ], "le pied est-il large, étroit ?" [ caractère n° 47 ], etc. Il posait les questions dans le désordre, et plusieurs fois les mêmes questions. D’où une grande richesse des rapports ( bien sûr, le témoin n’a parfois pas vu tel détail, ou ne s’en souvenait plus ). Le tableau synoptique obtenu des 27 témoignages et des 63 caractères est d’une cohérence quasi-parfaite avec celui d’Heuvelmans ( HEUVELMANS et PORCHNEV 1974 : 419-420 ).

  4. il montrait ensuite aux témoins environ 90 représentations de créatures humanoïdes et velues : ours, singes anthropoïdes ( gorille, orang-outan, chimpanzé ) ou non ( macaque ), primitifs ( aborigènes d’Australie, Pygmées, Bushmen, Aïnous, etc. ), reconstitutions d’hommes préhistoriques et de primates inconnus ( australopithèques, pithécanthropes, hommes de Cro-Magnon et de Néanderthal, yéti par Heuvelmans 1958, homme pongoïde, etc. ).

 A ce stade de l’enquête, tous les témoins ont désigné l’homme pongoïde, c’est-à-dire le dessin effectué par Alika Lindbergh sous les directives d’Heuvelmans, de l’aspect du spécimen congelé à l’état vivant ( HEUVELMANS et PORCHNEV 1974 : planche face à la page 225 ).

 Certains témoins trouvaient une certaine ressemblance dans la reconstitution de l’homme de Néanderthal par Zdenek Burian, mais ils précisaient que le bar-manu est bien plus velu et entièrement nu.

 

 Les conséquences de cette enquête sont prodigieuses : d’abord, la rigueur et l’ingéniosité de la méthode de Jordi Magraner apportent une masse d’informations bien plus solide et fiable que tous les travaux de ses prédécesseurs, y compris ex-soviétiques ( malgré toute l’admiration que j’ai pour eux ). Ma seule réserve est que les impressionnants graphiques dressés par Magraner se basent sur 27 rapports, soit 16 témoins seulement, ce qui devrait inciter à beaucoup de prudence en termes de signification statistique... Si je puis suggérer un conseil, Jordi doit en amasser d’autres avant d’émettre quelque conclusion sur les données les plus variables ( taille, heure et mois de rencontre, etc. ).

 Ensuite, si le portrait-robot qui se dégage du bar-manu est trait pour trait identique au spécimen congelé, cela veut dire que ce dernier était authentique, en dépit des attaques dont a été victime Heuvelmans ; et bien sûr que toute une population de cette forme d’hominidés survit encore de nos jours en Asie centrale !

 Ce qui est également fascinant, c’est que les données que l’on peut tirer de la tradition pyrénéenne, à laquelle j’ai consacré 3 articles ici même, se recoupent parfaitement avec les témoignages recueillis au Pakistan par Jordi Magraner.

 Ainsi, dans Bipedia n° 9 ( RAYNAL 1992 : 9 ), j’évoquais la pathologie des chevilles néanderthaliennes, en relation avec leur habitude supposée de s’asseoir en tailleur ( d’après les travaux d’Erik Trinkaus ) or, Jordi Magraner note cette posture dans plusieurs témoignages pakistanais ( assis "comme un Musulman", dit le témoin n° 2 ).

 Plus troublant encore, le cas n° 22 d’un garçon enlevé par une femelle bar-manu : la similitude est remarquable avec l’osa ( "ourse" ) de Cornellana ( Asturies ) ayant enlevé un enfant au Moyen-Age.

 Dans mes précédents articles pour Bipedia, n° 3 et n° 9 ( RAYNAL 1989 : 9, 15 ; 1992 : 8 ), j’ai démontré que cette prétendue "ourse" de Cornellana était en fait une femme sauvage et velue : la sculpture qui a été faite de la scène montre une créature qui n’a rien d’un ours, mais qui rappelle irrésistiblement l’homme congelé d’Heuvelmans.

 Or, la légende rapporte que cette "osa" donnait la tétée à l’enfant qu’elle avait enlevé : elle avait donc sûrement un petit, étant en lactation. La suggestion de Jordi Magraner pour expliquer le cas n° 22 du Pakistan - une femelle en mal d’amour maternel - n’en est donc que plus judicieuse, à la lumière de la légende asturienne.

 

Survivance des Néanderthaliens : quelques objections classiques

 Mes précédents articles pour Bipedia m’ont valu quelques lettres fort intéressantes, en particulier celle de Malcolm Smith, de Brighton ( Australie ), considéré comme un des spécialistes de la survivance possible du thylacine et du chat-tigre marsupial du Queensland ( un autre dossier cryptozoologique ). Il y avance plusieurs objections à l’hypothèse néanderthalienne, que j’ai pris la liberté de retranscrire en français correct ( celui de Malcolm Smith étant quelque peu baroque ), sans bien sûr en déformer le sens :

  1. "Les Néanderthaliens classiques n’existaient qu’en Europe : en Afrique et au Moyen-Orient, il n’y avait que des formes intermédiaires ou hybrides."

     Je suppose que Malcolm Smith veut dire par là que, de ce fait, les rapports d’Asie centrale ne peuvent s’appliquer à des Néanderthaliens reliques. Je rappellerai simplement que l’on possède des restes néanderthaliens indiscutables de Crimée ( Kiik-Koba ), de Palestine, d’Irak ( Shanidar ), et même d’Ouzbekistan ( Techik-Tach ).

     Par ailleurs, la fossilisation est un phénomène très aléatoire l’absence de fossile ne signifie donc pas nécessairement que l’espèce ne vivait pas là. Inversement, la sur-représentation de restes néanderthaliens en Europe occidentale, et notamment en France, ne veut pas dire forcément qu’il y en avait là beaucoup plus qu’ailleurs : il s’agit d’un artefact statistique, la recherche préhistorique étant née en Europe occidentale.

  2. "L’Homme de Néanderthal possédait une culture développée appelée moustérienne. Comme Homo erectus avant lui, il faisait des outils de pierre, se servait du feu, et chassait de grands animaux. Si l’Homme Sauvage est néanderthalien, il a régressé de plus d’un million d’années. Et a-t-on jamais vu une demeure d’Homme Sauvage ? Les êtres humains ne se couchent pas sous les étoiles !"

     Cette remarque rejoint celle qui fut faite à Jordi Magraner lors de sa conférence à la faculté des sciences de Dijon : les Néanderthaliens possédaient une industrie lithique, ils avaient coutume d’ensevelir leurs morts, vouaient un culte à l’ours, etc. Jordi Magraner fit part de sa propre expérience dans le district de Chitral, où des outils étaient superflus pour dépiauter une marmotte, un lézard, ou autres petits animaux dont il s’était lui-même nourri à l’occasion. Les Néanderthaliens reliques actuels n’ayant pas ( n’ayant plus ) à dépecer des mammouths, il en va de même pour eux...

     Jordi ajoutait un argument déjà développé par Heuvelmans, à savoir une différenciation culturelle des Néanderthaliens : si aujourd’hui, se côtoient chez notre espèce la technologie de l’ordinateur et l’âge de pierre ( pour les dernières tribus primitives ), alors a fortiori des différences culturelles devaient exister chez les Néanderthaliens du Würmien ancien ( HEUVELMANS et PORCHNEV 1974 ).

     J’avais pour ma part fait remarquer que les observations d’Hommes Sauvages concernent le plus souvent un individu, rarement deux, et très exceptionnellement davantage : la perte de la vie communautaire et le retour à une existence purement "animale" semblent caractériser les Néanderthaliens reliques. L’absence de langage ( voir plus loin ) a dû aussi y contribuer.

     Un autre intervenant lors de ce débat s’étonnait que l’on ne trouvât pas de cadavre d’Homme Sauvage, alors que l’on possédait "tant" de squelettes néanderthaliens. A quoi Jordi Magraner rétorqua très subtilement qu’on ne rencontrait que très exceptionnellement un cadavre de sanglier, de renard ou autre gros animal : les divers charognards font vite place nette. Je ferai par ailleurs remarquer que l’on ne possède pas "tant" de squelettes néanderthaliens que veut bien le dire ce contradicteur : moins de 200, soit environ un tous les 1000 ans en moyenne ! Comment pourrait-il en être autrement, quand le phénomène de fossilisation est si hasardeux et si improbable ? Enfin, des cadavres d’Hommes Sauvages ont effectivement été examinés, mais ils n’ont tout simplement pas été conservés.

     Quant aux demeures d’Hommes Sauvages, on sait qu’ils utilisent à l’occasion des abris sous roche, mais pas d’habitation permanente : ils se déplacent constamment, et n’ont donc pas le loisir de construire quelque chose de durable.

  3. "Système social. L’Homme de Néanderthal fut notre plus proche parent, presque certainement une sous-espèce d’Homo sapiens. Il devait avoir un système social humain. L’homme sauvage est solitaire. II est extrêmement rare de voir un groupe plus grand qu’une mère et son enfant. Même une bande de chasseurs-cueilleurs regrouperait plusieurs mâles adultes ou plusieurs femelles avec leurs enfants."

     J’ai déjà en partie répondu au point précédent. Il est surtout manifeste que la perte de la vie sociale sous la pression de l’homme moderne a été favorisée par l’absence de langage.

     Lieberman, par ses recherches de 1971 sur le pharynx des Néanderthaliens, a montré que ceux-ci avaient une moindre aptitude au langage que l’homme moderne ( GOMEZ-TABANERA 1978 ). L’écrivain Jean AUEL s’en est d’ailleurs inspirée dans sa célèbre saga d’Ayla, où les Néanderthaliens communiquent par un langage gestuel ( AUEL 1980 ).

     La découverte récente d’un os hyoïde de Néanderthalien à Kebara en Palestine, a conduit à mettre en doute les travaux de Lieberman ( ARENSBURG, RAK, SCHEPARTZ, TILLIER and VANDERMEERSCH 1990 ). Toutefois, la vascularisation méningée déduite des moulages endocrâniens de Néanderthaliens fossiles ( DAMBRICOURT-MALASSÉ 1990 ; SABAN, 1989, 1990 ), comme des travaux plus récents du même LIEBERMAN ( 1989 ), confirment que les Néanderthaliens n’avaient sans doute pas de langage articulé.

     Sans même avoir recours aux données anatomiques, on peut supposer que la régression culturelle a le même effet. Les enfants ensauvagés oublient le langage, comme ce fut aussi le cas d’Alexander Selkirk, le prototype du Robinson Crusoe de Daniel de Foe : quand il n’a plus à communiquer, faute de vie sociale, l’homme moderne en oublie sa langue maternelle. II ne peut qu’en être a fortiori de même pour l’homme de Néanderthal. L’industrie lithique de ce dernier peut parfaitement avoir été faite par simple imitation, sans langage au sens où nous l’entendons : une récente étude détaillée des outils de pierre taillés par divers hominidés fossiles, dont les Néanderthaliens, ne conclut pas à l’absence de langage, chez ces derniers, mais au fait que "rien ne démontre qu’ils en ait eu un" ( DIBBLE 1989 : 428 ).

     Enfin pour Jordi Magraner, l’étude du crâne des Néanderthaliens suggère la présence d’une véritable caisse de résonance, et même d’un sac vocal à l’instar des gibbons et des singes hurleurs, comme le rapportent unaniment les témoins du bar-manu - cris puissants et "goitre" ( sac vocal ) que l’on retrouve au Caucase comme chez l’Homme Sauvage légendaire du pays basque.

  4. "Pilosité. Si l’Homme de Néanderthal était poilu, ce ne serait pas plus qu’un membre hirsute de notre sous-espèce, et certainement pas comme un singe ou comme un bar-manu. D’ailleurs, un membre du genre Homo aurait un système de développement des poils humain : longs sur les mollets et avant-bras, denses et frisés sur la poitrine mâle. Et - ceci est souvent oublié dans les reconstructions - il aurait les traits épigamiques de l’humanité : lèvres proéminentes, poils pubiens, une longue chevelure et une barbe chez le mâle."

     C’est là pure supposition. Une seule chose est acquise, l’adaptation au froid des Néanderthaliens. Quant à l’implantation des poils, on n’en sait strictement rien. Mais je ne vois rien qui interdise que les poils des Néanderthaliens fussent arrangés en une fourrure rappelant celle du chimpanzé, plutôt qu’en poils bouclés comme les nôtres. Elle jouerait un rôle protecteur aussi bien contre le froid que contre la chaleur, en assurant une bien meilleure isolation thermique.

     Notons enfin que les divers Hommes Sauvages et velus possèdent bien une chevelure.

     Enfin, en ce qui concerne les "lèvres proéminentes", j’ai souligné dans un précédent article combien c’était invraisemblable. La surface de la muqueuse en contact avec l’air joue un rôle de radiateur, destiné à éliminer la chaleur : ce n’est pas un hasard si les Noirs africains sont pourvus de lèvres épaisses.

     Je constate d’ailleurs que les objections de Malcolm Smith à la thèse néanderthalienne portent sur des données impossibles à connaître à partir des restes fossiles. II est amusant de constater qu’aucune critique ne concerne l’anatomie crânienne - preuve, s’il en était besoin, de la subjectivité de ces objections.

  5. "L’homme congelé. Les circonstances de son exhibition et de sa disparition n’inspirent pas confiance quant d son authenticité. Il est vrai que ceux qui croient en une fraude ne l’ont pas examiné : le propriétaire ne le leur a pas permis. Mais ni Heuvelmans ni Sanderson ne l’ont examiné directement, mais seulement à travers la glace."

    Il est inexact de prétendre que Hansen, l’ancien pilote de guerre qui exhibait le spécimen congelé sur les champs de foires américains, n’a pas permis qu’on puisse l’examiner. La vérité est moins flatteuse pour les scientifiques : aucun n’a daigné aller sur place ! Du reste, combien de spécialistes des Néanderthaliens, combien d’anthropologues, ont seulement lu les écrits de Bernard Heuvelmans sur la question ?

     Quant à l’examen au travers d’une gangue de glace, c’est une des objections les plus fréquentes, et pourtant la plus déconcertante, pour le physicien-chimiste que je suis : en quoi le fait de ne pouvoir accéder directement au spécimen interdirait son étude ? Cette position relève d’une conception singulièrement restrictive, réductionniste, de la science : le fait de ne pouvoir se rendre sur le Soleil invalide-t-il les études des astrophysiciens sur sa composition chimique, et sur ses réactions thermo-nucléaires ? Et pour rester dans le champ de la zoologie, en quoi une empreinte fossile minéralisée est-elle plus recevable ? Le paléontologue est bien confronté au même problème, il n’a pas accès à l’animal lui-même ( sauf dans des cas exceptionnels comme les mammouths de Sibérie ou les insectes dans l’ambre de la Baltique ) ; comme le dit Heuvelmans, le scientifique doit "faire avec ce qu’il a" à sa disposition.

 

 Malcolm Smith cite ensuite les indices des membres selon le primatologue John Napier dans son livre Bigfoot ( NAPIER 1972 ), d’après les dessins effectués par Ivan T. Sanderson :

   H. pongoïdes   H. sapiens   Singes anthropoïdes 
 (bras+main) / jambe  87 67 - 72 103 - 150
 main/bras 32,5 22,7 - 26,1 23,1 - 31,0

 Napier en conclut que les proportions ne correspondent à aucun primate connu, d’où une suspicion de faux. En fait, les dimensions données par Sanderson sont basées sur des estimations de visée "à la verticale", sujette à d’énormes erreurs. Heuvelmans, après décryptage de toutes les photos, trouve des chiffres bien différents l’intermembral est de 70,9 - dans la moyenne humaine. L’indice de la main ( que j’ai calculé d’après les données d’Heuvelmans ) est de 29,5 - une main anormalement grande, mais restant dans les limites connues.

 "De plus, le système pileux n’est pas humain : je remarque qu’il n’y a pas de barbe ou de longue chevelure ; également, selon Sanderson, son poil était agouti." ( voir SANDERSON 1969 ).

 Et Malcolm Smith de citer l’avis de John Napier :

 "Le fait que l’homme congelé possède des poils de type agouti est une impossibilité zoologique majeure. Si nous pouvons prendre l’observation de Sanderson comme valide, et il n’y a aucune raison qu’elle ne le soit pas, alors la vraisemblance que l’homme congelé soit un artefact - un objet fabriqué de main humaine - est très grande." ( NAPIER 1972 ).

 Ce dernier argument a déjà été réfuté depuis belle lurette par Bernard Heuvelmans lui-même ( HEUVELMANS 1969, HEUVELMANS et PORCHNEV 1974 : 267-268 ). En effet, quoi qu’en dise John Napier, l’observation de Sanderson n’est pas valable, car il ne disposait pas des photos du spécimen congelé prises par Heuvelmans ; s’il avait pu les étudier, il aurait évité cette bévue, comme l’écrit Heuvelmans :

 "Il n’aurait jamais maintenu que les poils étaient de type "agouti", c’est-à-dire annelés - coloration inconnue parmi les Primates - alors que cette apparence était produite par des chapelets de bulles parallèles qui zébraient la glace même."

 Cela est évident si l’on examine, même superficiellement, les photos prises par Heuvelmans.

 Enfin, il n’est pas possible de conclure à l’absence de chevelure sur le spécimen congelé : elle pouvait très bien être cachée derrière la tête et sous le dos.

 

 Une autre famille de contradicteurs est représentée par la tendance "folkloriste", dont Michel MEURGER ( 1993 ) est l’élément le plus brillant, sinon le plus convaincant. A les entendre, nous serions en présence d’un vieux fond mythique que les "témoins" - en fait de simples récitants - structureraient en fonction de leur culture et de leurs connaissances.

 Meurger semble perdre de vue que des animaux aussi réels que l’ours, le loup, le renard, et bien d’autres, sont eux aussi mythifiés. II serait pour le moins étonnant, et même franchement suspect, qu’une créature humanoïde ne le fût pas également.

 Notons aussi que les recherches de Jordi Magraner ont montré que le témoignage se déforme du "témoin direct" ( celui qui a observé le barmanu ) à l’informateur direct ( celui qui tient le récit de la bouche même du témoin oculaire ), et plus encore quand il s’agit d’un informateur indirect ( récit de troisième main ) : c’est un résultat d’autant plus remarquable, que l’on a affaire à des sociétés de tradition orale, mais qui rejoint les expériences des psycho-sociologues sur les distorsions dans la communication.

 

 Je voudrais terminer par une remarque de simple bon sens : les adversaires ou les sceptiques disent que les Néanderthaliens n’étaient pas aussi "bestiaux"que le portrait-robot qui se dégage de l’almasty, du bar-manu et des autres Hommes Sauvages et velus, dont l’homme congelé ( BUFFETAUT et TASSY 1978 ). Comme l’a dit Heuvelmans, ont-ils jamais vu un Néanderthalien pour être aussi affirmatifs ? ( HEUVELMANS 1978 ).

 Et ces contradicteurs supposent donc que les Hommes Sauvages sont des pithécanthropes ou même des primates plus primitifs encore ( australopithèques ou autre ) ! Et ce, en dépit de l’anatomie, de la zoogéographie, et de la logique : les Néanderthaliens sont supposés disparus depuis 35 000 ans à peine, c’est-à-dire hier, en termes de temps géologiques : il est donc infiniment plus vraisemblable qu’ils aient survécu, plutôt que tout autre hominidé fossile ; alors, pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ? La disparition des Néanderthaliens est également considérée comme une énigme par tous les anthropologues : apparemment, aucun ne songe à la solution qui s’impose ( ou n’a le courage d’y faire face après avoir professé le contraire durant toute sa carrière ) : il en survit encore de nos jours...

 

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier pour leur aide : Anne DAMBRICOURT-MALASSÉ ( Institut de Paléontologie Humaine, Paris ), José-Manuel GOMEZ-TABANERA ( Université d’Oviedo ), Bernard HEUVELMANS ( Centre de Cryptozoologie, Le Vésinet ), Michael HEANEY ( Bodleian Library, Oxford ), Marie-Jeanne KOFFMANN ( Paris et Moscou ) ; René LAURENCEAU ( Saint-Etienne ) et Jordi MAGRANER ( Laboratoire des Reptiles et Batraciens, Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris ).

 

REFERENCES CITEES

Anonyme
 1993 [sans titre]. L’Evénement du Jeudi, n° 431 : 53 ( 04 Février ).

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AUEL, Jean
 1980 The Clan of the Cave Bear. New York, Crown Publishers.

BUFFETAUT, Eric, et Pascal TASSY
 1977 Yétis, Hommes Sauvages et primates inconnus. La Recherche, n° 80 650-662 ( Juillet-Août ).

DAMBRICOURT-MALASSE, Anne
 1990 Reconsidération de la morphologie crânio-faciale et glosso-génétique. Bulletin de la Société d’Etudes et de Recherches Préhistoriques des Eyzies, n° 39 : 9-50.

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GOMEZ-TABANERA, José-Manuel
 1978 Sobre la adquisicion del lenguaje. por los primeros hominidos. In Maria Dolores GARRALDA y Rosa Maria GRANDE : Simposio de Antropologia Biologia de España, Madrid : 137-143.

HEUVELMANS, Bernard
 1969 Note préliminaire sur un spécimen conservé dans la glace, d’une forme encore inconnue d’Hominidé vivant : Homo pongoides ( sp. seu subsp. nov. ). Bulletin de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, 45 [ n° 4 ].

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 1978 A propos des yétis, "hommes sauvages" et primates inconnus. La Recherche, 9 [ n° 85 ] : 86-88 ( Janvier ).

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 1972 Bigfoot : The Yeti and Sasquatch in Myth and Reality. London, Jonathan Cape.

RAYNAL, Michel
 1989 L’Homme Sauvage dans les Pyrénées et la survivance des Néanderthaliens. Bipedia, n° 3 : 1-16 ( Septembre ).

RAYNAL, Michel
 1990 Une figuration de l’Homme Sauvage dans les Pyrénées ? Bipedia, n° 4 : 16-18 ( Mars ).

RAYNAL, Michel
 1992 Vérité en-deçà des Pyrénées... ( à propos des Néanderthaliens reliques hispano-pyrénéens ). Bipedia, n° 9 : 1-12 ( Septembre ).

ROUSSELET-BLANC, Vincent
 1992 Ils ont vu le bar-manu. VSD, n° 778 : 76-78 ( 30 Juillet ).

SABAN, Roger
 1989 Unicité du réseau méningé chez l’Homo sapiens. Bulletin de la Société d Études et de Recherches Préhistoriques des Eyzies, n° 38 : 51-70.

SABAN, Roger
 1990 Veines méningées et langage articulé dans la lignée humaine. Bulletin de la Société d’Études et de Recherches Préhistoriques des Eyzies, n° 39 : 67-79.

SANDERSON, Ivan T.
 1969 Preliminary description of the external morphology of what appeared to be the fresh corpse of a hitherto unknown form of living hominid". Genus, 25 : 249-278.

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DANS LA MEME RUBRIQUE :
-IN SEARCH FOR TAXONOMY AND RELATIONSHIPS IN THE VERTEBRATES,


AUTEUR :
-Michel Raynal
-Institut Virtuel de Cryptozoologie
> LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,
4 août 2011, par Rose Magraner   [retour au début des forums]
Les Neanderthaliens Reliques

9 ans de la disparition de Jordi Magraner assisiné cruellement a Kakral Paquistan.On nous a enlever sa vie, ses valeurs, sa pasion et devouement pour ses recherches, mais on ne pourras jamais nous enlever son souvenir et notre amour pour lui. Repose em paix mon frère.

> LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,
31 mai 2007, par R Petit   [retour au début des forums]

Au sujet des hommes sauvages, avez-vous déjà vu le numéro de "la vie des bêtes", une émission des années 60, se déroulant dans un zoo en Asie et montrant dans une cage un "homme sauvage". J’étais un enfant quand l’émission a été diffusée mais j’en ai gardé le souvenir. Je pense que l’INA doit disposer de cette archive, ne serait-il pas intéressant de les contaacter ? Quant à moi je n’en sais pas plus mais j’aimerais revoir cette émission pour le moins curieuse.



-> LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,
(1/2) 4 août 2011, par Rose Magraner
-> LES NEANDERTHALIENS RELIQUES,
(2/2) 31 mai 2007, par R Petit
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