Site miroir du Centre d’Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale
Page d'Accueil Accueil
Plan Plan
Résumé Résumé
Statistiques Statistiques
Comment rédiger ? Comment rédiger ?
Quoi de neuf ? Quoi de neuf ?
Pourquoi ce site ? Qui sommes-nous ? Pourquoi ce site ? Qui sommes-nous ?
1) Théorie de la Bipédie Initiale, Theory of Initial Bipedalism, Die Theorie der URSPRÜNGLICHEN ZWEIFÜSSIGKEIT Théorie de la Bipédie Initiale, Theory of Initial Bipedalism, Die Theorie der URSPRÜNGLICHEN ZWEIFÜSSIGKEIT
2) BIPEDIA BIPEDIA
   - BIPEDIA n° 1
   - BIPEDIA n° 2
   - BIPEDIA n° 3
   - BIPEDIA n° 4
   - BIPEDIA n° 5
   - BIPEDIA n° 6
   - BIPEDIA n° 7
   - BIPEDIA n° 8
   - BIPEDIA n° 9
   - BIPEDIA n° 10
   - BIPEDIA n° 11
   - BIPEDIA n° 12
   - BIPEDIA n° 13
   - BIPEDIA n° 14
   - BIPEDIA n° 15
   - BIPEDIA n° 16
   - BIPEDIA n° 17
   - BIPEDIA n° 18
   - BIPEDIA n° 19
   - BIPEDIA n° 20
   - BIPEDIA n° 21
   - BIPEDIA n° 22
   - BIPEDIA n° 23
   - BIPEDIA n° 24
   - BIPEDIA n° 25
   - BIPEDIA n° 26
   - BIPEDIA n° 27
   - BIPEDIA n° 28
3) Téléchargement de BIPEDIA en PDF Téléchargement de BIPEDIA en PDF
4) Liens Internet Liens Internet
   - Cryptozoologie
   - Hominologie
   - Paléoanthropologie
Site réalisé avec BioSPIP
Ce site est optimisé pour tous les navigateurs qui respectent les normes internet !
Retour à la page d'accueil  BIPEDIA  BIPEDIA n° 17

BIPEDIA 17.3
Pedimpressopithecus Japanicus, un cryptide mort-né
PAR MICHEL DETHIER

Première publication : mars 1999, mise en ligne : mardi 1er juillet 2003


Né un 1er avril ?

L’excellent article d’Ulrich Magin, paru dans le volume 16 de "Bipedia" ( 1998 ), m’a remis en mémoire une anecdote survenue dix ans auparavant. A cette époque, Bernard Heuvelmans avait attiré mon attention sur la possible découverte au Japon de traces fossiles d’Hominiens de grande taille. Intrigué mais guère convaincu, j’ai entrepris des recherches en me demandant pourquoi le "père de la Cryptozoologie" ne les faisait pas lui-même.

J’ai finalement découvert que l’auteur de cette trouvaille était le professeur H. Preuschoft, primatologue allemand distingué, avec lequel je suis entré en contact. Il m’a aussitôt fait parvenir de la "documentation" concernant cette mystérieuse créature, en m’invitant aimablement ( et malicieusement ) à ne pas accorder trop d’importance à cette découverte.

Il s’agissait en effet d’une plaisanterie entre primatologues et anthropologues. En 1986, le professeur Preuschoft et son collaborateur M. Günther ont séjourné longuement sur la côte orientale de l’île de Kyushu pour y étudier le comportement des populations de macaques à face rouge ( M. fuscata ). C’est à cette occasion qu’ils ont découvert, sur un rocher en bord de mer de la petite île de Koshima, une étrange empreinte fossile. D’apparence humaine ( fig. 1 ), elle était longue de plus de 40 cm ( chez l’homme moderne, une pointure 43 correspond à un pied long d’environ 28 cm ). Imprimée dans des sédiments déposés au Miocène moyen, soit il y a quelques 15 millions d’années, cette empreinte ne pouvait donc appartenir qu’à un lointain ancêtre de notre espèce, de taille gigantesque et sans doute précurseur des Gigantopithèques, dont une nouvelle espèce ( Gigantopithecus bilaspurensis Simon ) venait d’être découverte dans le nord de l’Inde et datée du Pléistocène ( soit environ entre 6 et 3 millions d’années ). Dans l’article envoyé par le professeur Preuschoft ( Anonyme, 1988 ), l’empreinte fossile était affublée d’un binôme latin, Pedimpressopithecus japonicus ( empreinte de pied de singe japonais ) et l’on voyait se profiler les ombres quelque peu inquiétantes du Yéti et du Bigfoot.

Je n’ai jamais su si Heuvelmans avait délibérément tenté de me faire tomber dans ce piège ou s’il m’avait fourni l’information en toute bonne foi.

Fig. 1 : Au centre, empreinte de Pedimpressopithecus
(à gauche, pied nu humain en comparaison).
"Empreinte" de Pedimpressopithecus japonicus photographiée dans file de Koshima par Preuschoff et Günther : une simple curiosité géologique.
Avec en bas, à gauche : un pied humain, récent et authentique !

 

Il y a traces et traces

Les empreintes étranges, plus ou moins fossiles ou récentes, nettes ou confuses, ne manquent pas, surtout dans la littérature "spécialisée". L’article de Magin ( op. cit. ) a le grand mérite de faire un tri sérieux dans ce piétinement infernal et de séparer les caprices géologiques des artefacts récents, de rendre à César ce qui appartient aux Dinosaures ou aux Paresseux, comme par exemple les fameuses empreintes de la rivière Paluxy, au Texas, ou de Carson City, au Nevada.

En effet, un peu partout dans le monde, des creux bizarres dans la roche ont été attribués à des créatures fantastiques. En Ardenne, on ne compte plus les traces fourchues du "Werbô" et les marques des sabots de Bayard. Mais il n’y a plus guère de monde pour croire que ces empreintes dans le rocher ont été laissées par le Diable ou la monture des quatre fils Aymon. C’est sans doute dommage pour le folklore mais cela vaut mieux pour la Science.

Il existe pourtant des traces fossilisées authentiques d’Hominidés. Les plus connues et les plus intéressantes sont sans doute celles découvertes en 1976 à Laetoli, en Tanzanie. Elles sont vieilles de 3 à 4 millions d’années et semblent avoir été laissées par une créature de petite taille ( 1,20 m ), mais robuste dont le pied ne mesurait pas plus de 15 cm, et l’enjambée pas plus de 30 cm. Des mâchoires et des dents de cet Hominien ont également été découvertes et ont permis d’établir certaines affinités avec le matériel trouvé à Hadar dans le nord de l’Ethiopie et se rapportant à Australopithecus afarensis ( Leakey & Ray, 1979 ). Ces traces sont importantes car elles vieillissent d’un million d’années l’apparition de la bipédie.

En ce qui concerne les traces récentes d’espèces inconnues, en particulier d’Hominiens, les interprétations erronées ou tendancieuses disputent la première place aux truquages de toutes sortes. Ici, des empreintes d’ours parfaitement claires ont été présentées comme des traces de Bigfoot, là, le passage d’un léopard des neiges a été interprété comme la piste du Yéti. La présence de dermatoglyphes ( fig. 2 ) sur certains moulages d’empreintes du Sasquatch ne constitue même pas une preuve irréfutable, ainsi que le prétend Krantz ( 1983 ). En effet, Baird ( 1989 ) a proposé une technique susceptible de fournir des empreintes très convaincantes d’"Hominidé géant inconnu" et ne nécessitant qu’un matériel réduit : une paire de pieds humains pour servir de modèle, du latex pour moulage, du plâtre de Paris, du silicone et du kérosène ou tout autre hydrocarbure léger, ce dernier ingrédient permettant d’agrandir isométriquement des moulages d’empreintes. Il y a bien longtemps, j’avais moi-même vu appliquer cette technique par le préparateur du Laboratoire de Paléontologie animale de l’Université de Liège où je faisais mon travail de diplôme en Zoologie ( il ne s’agissait pas alors de fabriquer des pieds de Yéti mais de mouler des fossiles précieux d’Echinodermes ! ). Pour ceux que cela intéresse, ces techniques de moulage sont décrites en détail dans Kummel & Raup ( 1965 ).

Fig. 2 : Dermatoglyphes apparents sur le moulage
d’une empreinte attribuée au Sasquatch.
Moulage d’un "dermatoglyphe" de Sasquatch (Krantz, 1983).

Les erreurs d’interprétations et les falsifications sont toujours possibles et je l’ai encore rappelé récemment à propos des traces présumées de moas en Nouvelle Zélande ( Dethier, 1996 ) ou du "monstre" de Clearwater en Floride ( Dethier & Raynal, 1996 ).

 

Il n’ y a pas photo !

Il n’y a pas que des empreintes, fossiles ou récentes, fausses ou authentiques, qui ont été présentées comme des "preuves irréfutables" de l’existence de certains cryptides. Des photos ont également servi de support à des descriptions scientifiques ou se prétendant telles. Trois exemples assez récents permettent d’illustrer les dangers de cette démarche.

  1. Wooldrige (1986) a affirmé avoir photographié un Yéti dans le nord de l’Inde, les jambes prises dans une coulée de neige. Cet événement fit grand bruit à l’époque, en particulier au congrès de Cryptozoologie d’Edimbourgh de 1987, auquel je participais. M’étant permis de reprocher au secrétaire de l’International Society of Cryptozoology sa légèreté pour la publication de l’article de Wooldridge dans la pages de la revue, Greenwell, piqué au vif, me déclara que l’auteur était dans l’assemblée et que de ce pas, il allait le chercher pour que je discute avec lui. Il revint quelques instants plus tard, l’air penaud, pour m’informer que Mr Wooldridge n’avait pas de temps à m’accorder. Deux ans plus tard, Wooldridge ( 1988 ) publiait un article embarrassé intitulé "The abominable rock"...

  2. En 1992, sur la base de trois photos prises au Vietnam en 1968 par des militaires américains, Wallach & Jones ont décrit Cryptophidion annamense, nouveau genre et nouvelle espèce du Vietnam. Pauwela & Meirte ( 1996 ) ont clairement démontré que ce binôme latin n’avait pas de valeur systématique et devait être placé en synonymie avec Xenopeltis unicolor, espèce décrite par Reinwardt en 1826 !

  3. Depuis des décennies, des témoins affirment que la côte nord-ouest des U.S.A. et du Canada est fréquentée par un serpent de mer surnommé familièrement "Caddy" en raison de sa préférence pour la baie de Cadboro ( Colombie Britannique ). En 1937, une carcasse d’environ 3,80 m fut retirée de l’estomac d’un cachalot échoué et photographiée sur un quai de Naden Harbour ( Colombie Britannique ) mais malheureusement les fragments prélevés ( et identifiés alors par un zoologiste comme appartenant à un foetus de baleine ) ont été perdus. En 1995, se basant sur les photos de 1937 et divers témoignages, Bousfield & LeBlond ont décrit Cadborosaurus willsi, nouveau genre et nouvelle espèce de Reptile aquatique de grande taille de la côte pacifique d’Amérique du nord. Ils en ont proposé une reconstitution, reprise par de Sarre ( 1996 ), qui y voit plutôt un représentant des Archéocètes ( Cétacés primitifs ) : peut-être un genre voisin de Basilosaurus ( ce qui me parait déjà plus raisonnable en raison des ondulations verticales attribuées à Caddy ! ).

Il serait fastidieux d’entrer ici dans les détails, mais tout cela va à l’encontre des règles les plus élémentaires de Systématique énoncées par la Commission internationale de nomenclature zoologique ( 1985 ). Pauwels & Cherot ( 1997 ) l’ont clairement montré et ont bien mis en évidence tous les problèmes que posaient la description "sauvage" d’espèces nouvelles. Ce travail obéit en effet à des règles strictes qu’il convient de respecter sous peine d’allonger encore la liste des "espèces introuvables". Tout nouveau binôme latin publié est automatiquement enregistré dans le Zoological Record par des gens qui ne sont pas nécessairement des spécialistes. C’est ainsi que l’innocente plaisanterie de Quintart ( 1989 ) a entrainé la consécration officielle du... Marsupilami franquini !

 

Conclusions Provisoires

La "Cryptozoologie" fondée par Heuvelmans dans les années ’50 est certes un domaine fascinant mais fallait-il vraiment en faire une branche distincte de la Zoologie ? A mon avis, certes pas car ce fut une porte ouverte d’une Zoologie "facile" et à toutes sortes de dérives pseudoscientifiques. On a même assisté, ces dernières années, à un retour en force et à un regain d’agressivité des créationnistes et autres fondamentalistes vigoureusement dénoncés par Dessart ( 1995 ). Faut-il pour autant considérer l’hypothèse de base et la démarche proposées par Heuvelmans ( 1982 ) comme une nouvelle forme de chasse au Dahu ? Je ne le pense pas non plus : on découvre ( ou redécouvre ) encore des espèces nouvelles ( ou considérées comme éteintes ) d’assez belle taille ( requin à grande bouche, saola, pécari du Chaco ) et l’étude sérieuse de documents et témoignages divers, si elle ne devrait pas déboucher sur la description d’une espèce, pourrait au moins permettre d’affiner nos connaissances sur la répartition géographique, la persistance jusqu’à des époques récentes ou le comportement d’espèces mal connues, voire peut-être même inconnues Je ne puis donc partager pleinement l’avis de Demoule ( 1992 ) qui, dans son combat justifié contre l’irrationnel en Science, a parfois des accents qui ne sont pas sans rappeler ceux de ses adversaires.

 

Références

Anonyme, 1988 : "15 Millionen Jahre alter Fund eines foseilen Verwandten des Menschen". Deutscher Akademischer Austauschdienst, 2 pp.

Baird, D., 1989 : "Sasquatch footprints : a proposed method of fabrication". Cryptozoology, 8 : 43-46, Tucson.

Bousfield, L.E. & LeBlond, P.H., 1995 : "An account of Cadborosaurus willsi, new genus, new species, a large aquatic reptile from the Pacific coast of North America". Amphipacifica, 1 (1) : 3-25.

Commission International de Nomenclature Zoologique. 1985 : Code international de Nomenclature zoologique, 3ème édition. Int. Trust for Zool. Nomen., 338 pp.

Demoule, J.P., 1992 : "Sciences de l’homme : le retour de l’irrationnel ?". La Recherche, 23 (246) : 1036-1040.

Dessart, P., 1995 : "Avant nous, le Déluge... ?". Naturalistes belges, 76 (4) : 323-335.

Dethier, M., 1996 : "Perdu comme le moa ?". Cryptozoologia, 6 : 3-5, Bruxelles.

Dethier, M. & Raynal, M., 1996 : "Des traces infalsifiables". Science et Culture, 339 : 11-15.

Heuvelmans, B., 1992 : "What is Cryptozoology ?". Cryptozoology, 1 : 1-12.

Krantz, O.S., 1983 : "Anatomy and dermatoglyphics of three Sasquatch footprints". Cryptozoology, 2 : 53-81.

Kummel, B. & Raup, D., 1965 : "Handbook of paleontological techniques". Freeman & Co, San Francisco, 852 pp.

Leakey, M.D. & Hay R.L., 1979 : "Pliocene footprints in the Laetoli beds at Laetoli, Northern Tanzanie". Nature, 278 : 317-323.

Magin, U., 1998 : "Footprints in atone - Evidence for initial bipedalism ?". Bipedia, 16 : 10-20, Nice.

Pauwels, O. & Chérot, F., 1997 : "Cryptoherpétologie et nomenclature : le problème et sa solution". Bulletin de la Société Herpétologique de France, 82-83 : 41-49.

Pauwels, O. & Meirte, D., 1996 : "The statue of Cryptophidion annamense". Cryptozoology, 12 : 95-100.

Quintart, A., 1989 : "Le Marsupilami, une espèce nouvelle pour la Science". Naturalistes belges, 70 (4) : 153-157.

Sarre (de), F., 1996 : "Cadborosaurus willsi : Und die Seeachlange gibt es doch ! Ein schallender Erfolg für die kryptozoologische Forschung". Challenge, 4 (2) : 3-8, Berlin.

Wallach, V. & Jones, O.S., 1992 : "Cryptophidion annamense, a new genus and species of cryptozoic snake from Vietnam (Reptilia, Serpentes)". Cryptozoology, 11 : 1-37.

Wooldridge, A.B., 1986 : "First photos of the Yeti : an encounter in North India". Cryptozoology, 5 : 63-76.

Wooldridge, A.B., 1988 : "The abominable rock". BBC Wildlife, oct. 1988.

 

Répondre à cet article


Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer l'article
générer une version PDF de cet article Article au format PDF

DANS LA MEME RUBRIQUE :
-Blocage
-Une question de taille
-Footprints in stone [ part II ]
-Lehrmeinung contra Evolution ? Neue Ungereimtheiten aus der Forschung
-Comments and responses :
-Comments and responses :
-L’Homme Nocturne et Sauvage au XIXe siècle en Russie
-Das Ende eines Märchens
-Comments and responses :
-Dinosaurier und Menschen lebten gemeinsam


Précédent Haut de page Suivant
 
Copyright CERBI © 1998-2013 All rights reserved François de Sarre
Site officiel : http://perso.wanadoo.fr/initial.bipedalism/,
Site miroir : http://cerbi.ldi5.com
 admin  -  webmaster  -